Il mourut comme Pétrarque, à Arquâ, les mains jointes, le front couché sur les pages de son Virgile, chargé en marges de notes pour la seule femme qu'il ait aimée, en lui recommandant ses amis, et en la recommandant à ceux qu'il laissait après lui sur cette terre.

Ayant appris trop tard sa fin, j'assistai à ses obsèques à Paris. Il y avait là tout ce qui cultive les lettres pour elles-mêmes, sans exception d'opinion, de parti, de dynastie.

Tout le monde pleurait du fond du cœur: ainsi la France perdait un homme de goût, un homme d'étude, un homme d'honneur, un homme religieux, et ceux qui chérissent la haute littérature,—moi,—j'avais perdu un ami!

ADOLPHE DUMAS.

Et toi aussi, Adolphe Dumas! ô second Gilbert français! plus fécond, plus ardent, et moins acerbe que le premier, tu n'es plus!

Peu de jours après avoir quitté Paris, j'appris, en ouvrant un journal, qu'il était mort au bord de cet Océan dont il avait la grandeur, les orages, l'infini dans le cœur! Titan plus qu'homme! Titan enchaîné, révolté, non contre Dieu, mais contre les hommes. Tu n'étais plus! Je versai des larmes: j'en versai de plus amères un mois après, quand je lus dans le feuilleton du Journal des Débats cette héroïque et pathétique élégie de Jules Janin, intitulée: La Mort d'Adolphe Dumas.

Jules Janin, cet homme qui a autant d'esprit que Voltaire, autant d'érudition littéraire que Fontenelle, autant de bon sens que Boileau, autant de cœur qu'une jeune fille quand elle verse ses premières larmes dans le sein de sa mère sur la mort de son serin..., Jules Janin, ce véritable homme de lettres, en action perpétuelle depuis trente ans, qui a tout vu, tout su, tout retenu, tout raconté, et dont le sentiment est éternellement jeune parce qu'il est sans cesse renouvelé par la verve aimable de ce cœur qui ne s'est jamais racorni sous la mauvaise humeur.

Voulez-vous le connaître, si vous ne le connaissez pas? Souvenez-vous de Sterne, débarqué à Calais, et causant avec le pauvre moine qu'il a l'intention de railler un peu sur sa robe, sur son oisiveté, sur sa mendicité volontaire; le pauvre moine ne l'entend pas, ou fait semblant de ne pas le comprendre par bonhomie et par humilité; il s'incline, et, ouvrant sa tabatière de buis, il offre à son caustique étranger une prise de son tabac. Sterne y plonge ses deux doigts, et s'étonne de trouver sous ses paupières deux larmes, de ces larmes du critique attendri.

C'est M. Jules Janin, non pas seulement le plus lettré, mais le plus tendre des hommes! Oh! que le véritable esprit est bon à tout, même à pleurer!

XII.