Cette partie de la République semble avoir été la première esquisse du poëme de Dante, empruntée originairement de Platon. Les supplices mêmes se ressemblent dans les deux visions du philosophe grec et du poëte toscan; on y retrouve jusqu'aux cercles inférieurs du Dante. Nous ne voyons pas qu'aucun des commentateurs du Dante ait fait cette remarque jusqu'ici.
Et le tout finit par une homélie vague en l'honneur de la vertu.
XXI.
Voilà la fameuse République de Platon. Elle a servi depuis de texte à mille rêveries prétendues sociales et politiques, mais qui ne sont, en réalité, ni politiques, ni philosophiques, ni même poétiques, à l'exception de la descente de l'Arménien aux enfers. Cette énorme chimère en dix livres se résume dans cinq ou six énormités aussi paradoxales qu'impraticables; c'est le contre-pied de la nature, de l'expérience et de l'histoire: un monde renversé.
La division du peuple en professions arbitraires et infranchissables;
La suppression de la propriété, seule responsabilité de l'homme rétribué héréditairement par son travail;
La communauté des biens, c'est-à-dire de la misère;
La communauté des femmes et des enfants, qui supprime du même coup les trois amours dont se perpétue l'espèce humaine: l'amour conjugal, l'amour maternel, l'amour filial, et toutes les vertus aussi humaines que divines qui émanent de ces trois sources d'amour;
L'impudeur, aussi flagrante que l'impudicité, dans cette gymnastique des femmes de tout âge s'exerçant nues devant le peuple à des luttes dégoûtantes d'obscénité;
Le meurtre des enfants mal conformés, punissant le tort de la nature par la mort de ses victimes;