—Braves Français, vous avez assez fait pour la gloire, la fortune a décidé; rendez-vous pour sauver à l'humanité un meurtre inutile!
Le général, c'était Cambronne, ne répond pas, et son geste dit: Tirez!
Les Anglais insistent. Point de réponse. La mèche est sur les pièces; les Anglais hésitent encore.
—Rendez-vous! lui crie-t-on de nouveau.
—La garde meurt et ne se rend pas! répond le général.
Qu'il l'ait dit ou non dans cette forme, peu importe. C'est le mot de l'héroïsme dans une telle circonstance; il ne peut pas ne l'avoir pas dit, puisque son attitude même et celle de tout ce bataillon des morituri le disent avec lui, avant lui, comme lui! Il n'y a pas deux mots pour exprimer cela: c'est le mot du capitaine de vaisseau clouant au mât son pavillon qu'il ne veut point amener; c'est le mot le plus sublime de toute une guerre française, l'héritage que l'armée mourante lègue à l'armée qui renaîtra de son sang.
Eh bien! parce que le mot est digne, noble, mémorable, parce qu'il exprime héroïquement, quoique simplement, le qu'il mourût de Corneille, parce qu'il mérite d'être inscrit en lettres d'or sur les étendards de la patrie, Victor Hugo, qui croit avoir trouvé mieux dans la langue canaille du peuple, substitue à cette belle langue militaire un mot de faubourg, un mot plus abject, et plus qu'un mot de faubourg, un mot de latrines qui répond par une brutalité laconique, par une bestiale réplique, à une proposition généreuse faite en bons termes à ces braves mourants, et il en fait le plus beau mot (textuel) qu'un Français ait jamais dit, et il s'extasie sur le génie populaire de ce mot.
«Dire ce mot et mourir ensuite, s'écrie-t-il, quoi de plus beau?»
Mourir sans l'avoir dit, disons-nous à notre tour, mourir en montrant la dignité de la mort, et en se gardant bien de souiller la sublimité de son cœur par la turpitude de son expression.