IV.
Le château du Cayla était de père en fils possédé et habité par la famille de M. de Guérin, dont la jeune femme était née dans le bourg de Cahuzac. Mademoiselle de Cahuzac, d'une maison assez riche pour le pays, avait apporté en dot à M. de Guérin quelques petites terres, et, après la mort de ses grands-parents, une assez grande maison meublée dans la petite ville de Cahuzac. Cette alliance donnait aux Guérin une aisance et une parenté plus larges dans le rayon du Cayla.
Le château du Cayla se composait d'une cour, autrefois pavée, et dont les eaux des écuries avaient défoncé les larges dalles. Les fumiers des chevaux, des vaches et des moutons, entassés immémorialement aux portes, tapissaient les murailles de ces bâtiments, et servaient partout de clôture.
Les cuisines ouvraient, par un perron élevé de quelques marches, sur ce vaste cloaque; quelques sureaux et quelques houx, dont la forte racine ne craint pas le sol des bergeries, croissaient dans les angles des murs.
Les portes, ou les barrières à claire-voie, étaient sans cesse ouvertes, et permettaient nuit et jour aux passants de monter les degrés de pierre pour venir demander le morceau de pain, le coup d'eau à puiser au seau suspendu derrière la porte, et aux paysans du hameau d'Andillac de vivre pour ainsi dire en commun avec les habitants de la maison.
V.
Une cheminée à cintre très-élevé, à large tuyau, au sommet duquel on voyait le jour, à chaînes noircies par la fumée et la suie, à chenet unique, qui portait jour et nuit un arbre tout entier, brûlant par un bout, formait à son sommet une couronne ou plutôt une corbeille d'acier, polie par les mains des bergers.
Deux bancs en pierre, incrustés à demi dans la muraille, servaient de siéges aux domestiques et aux hôtes. Quelques grosses chaises et fauteuils de noyer, entre la table de cuisine et la cheminée, se prêtaient aux maîtres de la maison, quand ils venaient s'asseoir en commun avec les gens, soit pour prendre le repas banal dans l'écuelle de lourde faïence, soit pour leur faire la prière, soit pour causer des travaux du jour ou du lendemain.
Une batterie de cuisine, composée de bassins de cuivre luisant comme l'or, de vastes soupières grossièrement peintes, et de grands plateaux à mettre le poisson quand on péchait tous les trois ans l'étang du moulin, complétaient cet ameublement, objet d'admiration et d'envie pour toutes les ménagères du village.