Tant que l'intelligence ne remonte pas à son principe et n'essaye pas de se rendre compte des mondes, ou qu'elle ne s'incline pas avec confiance devant le mystère évidemment voilé de la création, rien n'existe en effet qu'une sombre énigme, et le mot science est une dérision de notre superbe ignorance. Lisez les trois volumes de M. de Humboldt, et demandez-vous de bonne foi ce que vous savez de plus qu'avant de les avoir lus.

Vous aurez mis dans votre tête beaucoup de mots, beaucoup de nombres, mais pas une idée; vous aurez appris que la mécanique céleste consiste dans la supposition des globes circulant appelés planètes, les uns brillants de leur propre lumière, les autres reflétant la lumière d'astres par eux-mêmes lumineux; qu'au-delà de ces soleils immenses, si nous les comparons à notre petitesse, il se cache au fond d'un éther sans fond et sans bornes des milliers d'autres soleils gouvernant par leur mouvement d'autres systèmes, d'autres planètes; que plus loin encore on aperçoit, sans savoir ce que c'est, des voies lactées, vaste épanchement d'étoiles répandues dans cet éther et que le télescope arrive à distinguer par leur noyau solide et distinct de cette lumière diffuse avec laquelle on les confondait; que plus loin encore on aperçoit les nébuleuses, magasin flottant de matières enflammées qui germent dans l'éther pour éclore un jour en soleils; que plus loin encore, et à des distances que le calcul se refuse à calculer, quelques soleils invisibles, auprès desquels le nôtre est un atome qui brûle un certain nombre de siècles, minutes à l'horloge des cieux, repoussent ou attirent d'autres systèmes étoilés, jusqu'à ce qu'ils les consument dans un cataclysme du ciel.

Mais cela ne vous dit rien que l'immensité d'espace, et l'immensité de durée, et l'immensité de matière rayonnant des œuvres du grand inconnu!

Qu'en concluez-vous?

Qu'en ajoutant un poids de plus à ces milliers de poids, à ces univers, on arriverait à les former comme à les comprendre?

Une année ou un jour de plus ajouté et surajouté à leur durée formerait leur durée éternelle, car l'éternité n'est qu'un jour éternellement ajouté à un jour.

Quant à leurs mouvements, on cherche en vain dans la rotation de la matière la loi qui les chasse ou les rappelle; tous les Newton et tous les Laplace de l'univers ne découvriront pas hors de la volonté d'un premier moteur divin la loi de leur circulation. Or, comme le Cosmos n'en dit rien, évidemment la science ne sait rien des causes et n'écrit qu'un procès-verbal de la terre et des cieux:—donc rien! donc néant de la prétendue science!—Vous regarderez éternellement tourner la toupie flamboyante des mondes; que si le doigt qui la lance et l'impulsion qui la continue disparaît, vous serez ébloui, mais non instruit. En toutes choses, celui qui ne sait pas la cause et la fin d'une œuvre, ne sait rien!

Telle est la science de M. de Humboldt: rien encore!

Tout ou rien, voilà l'énigme du Cosmos!

Vous ne voulez pas voir le tout (Dieu):