«—N'a-t-il pas d'excellentes images? dit Gœthe, et n'a-t-il pas traité son sujet avec une liberté d'esprit complète?»

«Et en parlant ainsi, il revint vers moi:

«Voyez ce passage, comme c'est beau!»

«Il lut le passage où le poëte parle de la foudre remontant pour frapper le héros:

«Il a bâti si haut son aire impériale
Qu'il nous semble habiter cette sphère idéale
Où jamais on n'entend un nuage éclater!
Ce n'est plus qu'à ses pieds que gronde la tempête;
Il faudrait, pour frapper sa tête,
Que la foudre pût remonter!
La foudre remonta! Renversé de son aire...»

«Voilà qui est beau! car l'image est vraie, et on l'observera dans les montagnes; quand on a un orage au-dessous de soi, on voit souvent l'éclair jaillir de bas en haut. Ce que je loue dans les Français, c'est que leur poésie ne quitte jamais le terrain solide de la réalité. On peut traduire leurs poésies en prose, l'essentiel restera. Cela vient de ce que les poëtes français ont des connaissances; mais nos fous allemands croient qu'ils perdront leur talent s'ils se fatiguent pour acquérir du savoir; tout talent pourtant doit se soutenir en s'instruisant toujours, et c'est seulement ainsi qu'il parviendra à l'usage complet de ses forces. Mais laissons-les; ceux-là, on ne les aidera pas; quant au vrai talent, il sait trouver sa route. Les jeunes poëtes qui se montrent maintenant en foule ne sont pas de vrais talents; ce ne sont que des impuissants à qui la perfection de la littérature allemande a donné l'envie de créer.—Que les Français quittent le pédantisme et s'élèvent dans la poésie à un art libre, il n'y a rien d'étonnant. Diderot et des esprits analogues au sien ont déjà, avant la révolution, cherché à ouvrir cette voie. Puis la révolution elle-même, et l'époque de Napoléon, ont été favorables à cette cause. Si les années de guerre, en ne permettant pas à la poésie d'attirer sur elle un grand intérêt, ont été par là pour un instant défavorables aux muses, il s'est cependant, pendant cette époque, formé une foule d'esprits libres, qui maintenant, pendant la paix, se recueillent et font apparaître leurs remarquables talents.»

«Je demandai à Gœthe si le parti classique avait été aussi l'adversaire de l'excellent Béranger.

«Le genre dans lequel Béranger a composé, dit-il, est un vieux genre national auquel on était accoutumé; cependant, pour maintes choses, il a su prendre un mouvement plus libre que ses prédécesseurs, et aussi il a été attaqué par le parti du pédantisme.»

Il ne sentait des poëtes français de nos jours comme grandiose que Mérimée et Béranger. L'esprit lui éclipsait le génie. Chateaubriand, Hugo et autres, lui faisaient peu d'impression; toujours Mérimée, toujours Béranger. C'était le temps de ce petit journal le Globe qui ne vantait que le persiflage, et qui préparait le régime amphibie des doctrinaires.

«Mercredi, 31 janvier 1827.