CXXXVI
Il nous dit alors en peu de mots que le bruit des coups de feu de la veille dans les châtaigniers, du massacre de notre troupeau, de mes blessures aux deux bras, de la mort du brigadier des sbires et de l'emprisonnement de Hyeronimo, était monté jusqu'aux Camaldules, de bouche en bouche, par les chevriers de San Stefano; qu'à cette nouvelle, il avait bien pensé que nous avions besoin de consolation; qu'il avait demandé au supérieur la permission de venir à notre aide et de prendre dans sa besace ce qui était nécessaire à une pauvre famille privée du seul soutien capable de pourvoir à ses nécessités.
Il ajouta qu'il s'était levé bien avant le jour, afin d'arriver à la cabane aussitôt que le réveil dans nos yeux et le désespoir dans nos cœurs.
Il dit enfin que, caché en silence derrière la porte, la main sur le loquet, il avait tout entendu de ma résolution de chercher les traces d'Hyeronimo, comme l'ombre celles du corps, et des résistances de mon père et de ma tante.
—Cette pensée, mais c'est une pensée du cœur, dit-il, il faut la lui laisser accomplir, car, quand la raison ne sait plus quoi conseiller aux hommes dans leur situation désespérée, il n'y a que le cœur qui ait quelquefois raison contre tout raisonnement; laissez-le donc parler dans le cri de l'enfant, et qu'elle aille, à la grâce de Dieu, là où le cœur la pousse.
CXXXVII
Mon père et ma tante, déjà ébranlés par la violence de ma résolution et par l'obstination de ma pensée, n'osèrent plus résister à cette voix du frère quêteur, qu'ils étaient habitués à considérer comme l'ordre du ciel.
Je profitai de leur hésitation pour m'arracher de nouveau de leurs bras, qui me retenaient plus faiblement, et pour m'élancer, sans plus de réflexion, sourde à leurs cris, par le sentier qui descend dans la plaine.
CXXXVIII
Je descendis d'abord comme un tourbillon de feuilles sous un vent d'hiver qui les roule de précipices en précipices, sans autre sentiment et sans autre idée que de me rapprocher d'Hyeronimo.