«Ces paroles me rendirent heureux, car je sentais qu'elles renfermaient beaucoup de vérité.
«Au dessert, Gœthe ouvrit un des paquets. Il contenait les poésies d'Émile Deschamps, accompagnées d'une lettre que Gœthe me donna à lire. Je vis alors avec joie quelle influence on reconnaissait à Gœthe sur la nouvelle vie de la littérature française; les jeunes poëtes le vénèrent et l'aiment comme leur chef spirituel. Telle avait été l'influence de Shakspeare pendant la jeunesse de Gœthe. On ne peut pas dire de Voltaire qu'il ait eu de l'influence sur les poëtes étrangers, qu'il leur ait servi de centre de réunion, et qu'ils aient reconnu en lui un maître et un souverain.—La lettre d'Émile Deschamps était écrite avec une très-aimable et très-cordiale aisance.
«Elle laisse jeter un coup d'œil sur le printemps d'une belle âme,» dit Gœthe.
«Parmi les envois de David se trouvait un dessin représentant le chapeau de Napoléon, vu dans diverses positions.
«Voilà quelque chose pour mon fils,» dit Gœthe.
«Et il lui envoya le dessin. Il ne manqua pas son effet: le jeune Gœthe arriva bientôt, plein de joie, disant que ces chapeaux de son héros étaient le nec plus ultra de sa collection. Cinq minutes ne s'étaient pas écoulées que le dessin était encadré, mis sous verre, et placé parmi les autres attributs et monuments du héros.»
«Dimanche, 14 mars 1830.
«Passé la soirée chez Gœthe. Il m'a montré tous les trésors de la caisse de David, maintenant mis en ordre. Il avait soigneusement rangé sur une table, les uns près des autres, tous les médaillons des jeunes poëtes de la France. Il parla encore du talent extraordinaire de David, aussi grand par ses conceptions que par son exécution. Il m'a montré une quantité d'ouvrages contemporains que, par l'entremise de David, les talents les plus distingués de l'école romantique lui ont envoyés en présent. Je vis des ouvrages de Sainte-Beuve, Ballanche, Victor Hugo, Balzac, Alfred de Vigny, Jules Janin et autres.
«David, dit-il, m'a par cet envoi préparé de belles journées. Les jeunes poëtes m'ont occupé déjà toute cette semaine, et les fraîches impressions que je reçois de leurs œuvres me donnent comme une nouvelle vie. Je ferai un catalogue spécial pour ces chers portraits et pour ces chers livres, et je leur donnerai une place spéciale dans ma collection artistique et dans ma bibliothèque.»
«On voyait que cet hommage des jeunes poëtes de France remplissait Gœthe de la joie la plus profonde.»