«Apportez-lui quelque chose à manger, dit la veuve. Qu'elle est sotte de ne pas vouloir s'approcher de moi. De quoi donc a-t-elle peur?
—Elle n'est pas encore apprivoisée,» dit en souriant et d'une voix timide une des dames de compagnie.
Étienne apporta un verre de lait et le plaça devant Moumou, qui ne daigna pas même flairer cette boisson, et continua à trembler.
«Ah! la sotte petite bête!» dit la baruinia en s'approchant d'elle et en se baissant pour la caresser. Mais aussitôt Moumou releva convulsivement la tête et montra les dents.
La veuve se hâta de retirer sa main.
Il y eut un moment de silence. Moumou poussa un léger gémissement, comme pour se plaindre ou pour demander pardon. La baruinia s'éloigna, le visage assombri. Le rapide mouvement de la chienne l'avait effrayée.
«Grand Dieu! s'écrièrent ses commensales, vous aurait-elle mordue?... Hélas! hélas!»
L'innocente Moumou n'avait jamais mordu personne.
«Emportez-la, s'écria la baruinia d'une voix irritée. La sale bête! La méchante chienne!»
À ces mots, elle se dirigea vers sa chambre. Ses compagnes voulaient la suivre. Mais, d'un geste, elle les arrêta à la porte.