«Que voulez-vous? dit-elle; je ne vous ai pas ordonné de venir avec moi.» Et elle disparut.
Étienne reprit Moumou et la jeta aux pieds de Guérassime.
Une demi-heure après, un silence profond régnait dans l'hôtel. La vieille veuve était plongée dans les coussins de son divan, plus sombre que la nuit qui précède l'orage.
Qu'il faut peu de chose pour bouleverser parfois une nature humaine!
Jusqu'au soir, la triste veuve resta dans sa noire disposition d'esprit. Elle n'adressa la parole à personne, elle ne joua point aux cartes, et la nuit elle ne put dormir en paix. L'eau de Cologne qu'on lui apporta n'était point, disait-elle, la même que celle dont elle se servait habituellement; puis, son oreiller avait une odeur de savon. Sa femme de chambre fut obligée de fouiller dans toutes les armoires et de flairer tout le linge qui s'y trouvait. En un mot la délicate baruinia était extrêmement agitée et irritée.
Le lendemain matin, elle fit appeler son majordome une heure plus tôt que de coutume. Il se rendit à cet ordre, non sans inquiétude, et dès qu'elle le vit apparaître:
«Dis-moi, s'écria-t-elle, ce que c'est que ce chien qui a aboyé toute la nuit et qui m'a empêchée de dormir.
—Un chien... balbutia Gabriel... Quel chien? Peut-être celui du muet!
—Je ne sais s'il appartient au muet ou à quelque autre; ce que je sais, c'est qu'à cause de lui je n'ai pu fermer l'œil. Mais je voudrais savoir pourquoi il se trouve tant de chiens dans la maison. N'avons-nous pas déjà un chien de basse-cour?
—Sans doute: le vieux Voltchok.