Les aboiements subits de la chienne la réveillèrent en sursaut, elle sentit son cœur battre violemment puis défaillir: «Au secours! s'écria-t-elle, au secours!»
Ses femmes accoururent tout effarées.
«Ah! je me meurs! dit-elle en se tordant les mains. Encore ce chien! ce maudit chien! Qu'on appelle le docteur! On veut me tuer! Hélas! l'affreuse bête!»
En parlant ainsi, elle s'affaissa sur son oreiller, comme si elle avait rendu l'âme.
On se hâta d'envoyer chercher le docteur, c'est-à-dire le médecin de l'hôtel. Cet homme, dont le principal mérite consistait à porter des bottes à semelles fines, et à tâter délicatement le pouls de sa noble cliente, dormait quatorze heures sur vingt-quatre, soupirait le reste du temps, et administrait sans cesse à la baruinia des gouttes de laurier-rose. Il arriva précipitamment, commença par faire brûler des plumes pour tirer la veuve de son évanouissement, puis, dès qu'il la vit ouvrir les yeux, il lui présenta sur un plateau d'argent le remède qu'il employait si souvent.
La baruinia ayant pris cette potion, recommença d'une voix lamentable à se plaindre du chien, de Gabriel, de sa malheureuse destinée.
«Pauvre vieille que je suis, disait-elle, tout le monde m'abandonne, et personne n'a pitié de moi. On désire ma mort. On n'aspire qu'à me voir mourir.»
Moumou continuait à aboyer, et Guérassime essayait en vain de l'éloigner de la fatale palissade.
«Le voilà, le voilà encore!» s'écria la veuve en roulant des yeux effarés.
Le médecin murmura quelques mots à l'oreille d'une femme de chambre. Celle-ci courut dans l'antichambre, appela Étienne, qui courut éveiller le majordome, lequel éveilla toute la maison.