«Maintenant, c'est fini.»
Puis, il se replia sur lui-même et s'éloigna.
Vers le soir, on alla en grande compagnie à la pêche. Dans l'étang, au delà du jardin, il y avait beaucoup de tanches et de goujons.—On plaça Maria Dmitriévna dans un fauteuil tout près du bord, à l'ombre; on étendit un tapis sous ses pieds, et on lui donna la meilleure ligne. Antoine, en qualité d'ancien et habile pêcheur, lui offrit ses services. C'était avec le plus grand zèle qu'il attachait les vermisseaux à l'hameçon, et jetait lui-même la ligne en se donnant des airs gracieux. Le même jour, Maria Dmitriévna avait parlé de lui à Fédor Ivanowitch, dans un français digne de nos institutions de demoiselles: Il n'y a plus maintenant de ces gens comme ça, comme autrefois.
Lemm, accompagné de deux jeunes filles, alla plus loin, jusqu'à la digue; Lavretzky s'établit à côté de Lise. Les poissons mordaient à l'hameçon; les tanches, suspendues au bout de la ligne, faisaient briller en frétillant leurs écailles d'or et d'argent. Les exclamations de joie des petites filles retentissaient sans cesse; Maria Dmitriévna poussa une ou deux fois un petit cri de satisfaction préméditée. C'étaient les lignes de Lavretzky et de Lise qui fonctionnaient le plus rarement. Cela venait probablement de ce qu'ils étaient, moins que les autres, occupés de la pêche, et laissaient les bouchons flotter jusqu'au rivage. Autour d'eux, les grands joncs rougeâtres se balançaient doucement; devant eux, la nappe d'eau brillait d'un doux éclat.—Ils causaient à voix basse.—Lise se tenait debout sur le radeau.—Lavretzky était assis sur le tronc incliné d'un cytise.—Lise portait une robe blanche avec une large ceinture de ruban blanc; d'une main, elle tenait son chapeau de paille suspendu; de l'autre, elle soutenait, avec un certain effort, sa ligne flexible.—Lavretzky considérait son profil pur et un peu sévère,—ses cheveux relevés derrière les oreilles, ses joues si délicates, légèrement hâlées comme chez un enfant, et, à part lui, il se disait:
«Qu'elle est belle ainsi, planant sur un étang!»
Lise ne se retournait pas vers lui; elle regardait l'eau.—On n'aurait su dire si elle fermait les yeux ou si elle souriait.—Un tilleul projetait sur eux son ombre.
«J'ai beaucoup réfléchi à notre dernière conversation, dit Lavretzky, et je suis arrivé à cette conclusion, que vous êtes très-bonne.
—Mais je n'avais pas l'intention..., balbutia Lise toute confuse.
—Vous êtes bonne, répéta Lavretzky, et moi, avec ma rude écorce, je sens que tout le monde doit vous aimer; Lemm, par exemple. Celui-là est tout bonnement amoureux de vous.»
Un léger tressaillement contracta les sourcils de la jeune fille, comme cela lui arrivait toujours quand elle entendait quelque chose de désagréable.