—Ah! reprenait Boris après un moment de silence. C'est ma nouvelle blanchisseuse.

—D'où vient-elle?

—De Moscou, où elle a fait son apprentissage.»

Après cette réponse, nouveau silence.

«Combien avez-vous donc de blanchisseuses? demandait de nouveau Pierre en regardant attentivement les grains de tabac qui s'allumaient et pétillaient sous la cendre au fond de sa pipe.

—J'en ai trois, répondait Boris.

—Trois! Moi, je n'en ai qu'une; elle n'a presque rien à faire. Vous savez quelle est sa besogne.

—Hum!» murmurait Boris. Et l'entretien s'arrêtait là.

Le temps s'écoulait ainsi jusqu'au moment du déjeuner. Pierre avait un goût particulier pour ce repas, et disait qu'il fallait absolument le faire à midi. À cette heure-là, il s'asseyait à table d'un air si heureux et avec un si bon appétit, que son aspect seul eût suffi pour réjouir l'humeur gastronomique d'un Allemand.

Boris Andréitch avait des besoins très-modérés. Il se contentait d'une côtelette, d'un morceau de poulet ou de deux œufs à la coque. Seulement il assaisonnait ses repas d'ingrédients anglais disposés dans d'élégants flacons qu'il payait fort cher. Bien qu'il ne pût user de cet appareil britannique sans une sorte de répugnance, il ne croyait pas pouvoir s'en passer.