—Oui, je suis seule, me répondit-elle d'une voix faible et craintive.
—Tu es la fille du forestier?
—Oui, me dit-elle en balbutiant.
La porte s'ouvrit en criant, et le forestier ayant baissé la tête pour en franchir le seuil, entra dans la chambre. Il prit la lanterne qui était posée à terre et s'approcha de la table pour allumer un bout de chandelle qui s'y trouvait.
—Vous n'êtes probablement pas accoutumé aux loutchina? me dit-il en rejetant ses cheveux en arrière.
Je l'examinai attentivement, et son extérieur me frappa. C'était un homme d'une taille élevée, carré des épaules, et bâti comme on en voit peu. Les muscles saillants de sa poitrine et de ses bras robustes se dessinaient sous les plis de sa grosse chemise qui ruisselait d'eau. Une barbe épaisse et noire couvrait tout le bas de sa figure mâle et sévère; ses yeux bruns et peu ouverts, mais au regard fixe et hardi, étaient ombragés par des sourcils bien formés et qui se touchaient presque. Il s'arrêta devant moi, les deux mains posées sur les hanches.
Je le remerciai et lui demandai son nom.
—Je m'appelle Foma, me répondit-il, et on m'a surnommé Birouk.
—Ah! tu es Birouk?
Je le regardai avec un redoublement d'attention. J'avais souvent entendu parler du forestier Birouk à mon Jermolaï et à d'autres habitants du pays: les paysans le craignaient comme le feu. Jamais homme, disaient-ils, n'avait rempli avec autant de vigilance les fonctions qui lui étaient confiées; il ne laissait pas soustraire le moindre fagot: à toute heure du jour, et même au milieu de la nuit, il tombait sur vous à l'improviste comme une bourrasque de neige, et il n'y avait point à lui tenir tête; il était fort et agile comme le diable. Pas moyen d'ailleurs de le corrompre: ni l'eau-de-vie, ni l'argent n'avaient prise sur lui; il ne se laissait séduire par rien. Déjà bien des fois on avait charitablement essayé de l'envoyer dans l'autre monde: mais il ne s'était pas laissé faire.