Telle était la réputation de Birouk parmi les paysans du voisinage.

—C'est donc toi qui es Birouk?—lui dis-je;—j'ai entendu souvent parler de toi, frère. On prétend que tu es impitoyable.

—Je fais mon devoir,—me répondit-il d'un ton brusque;—ce n'est pas tout que de manger le pain du maître, il faut le mériter.

Il prit la hache qui était passée à sa ceinture, s'assit par terre, et se mit à façonner une loutchina.

—Est-ce que tu n'as pas de femme?—lui demandai-je.

—Non,—me répondit-il en frappant un grand coup de hache...

—Elle est donc morte?

—Non... Oui... elle est morte,—reprit-il, et il se détourna.

Je me tus... Il leva la tête et me regarda.

—Elle a pris la fuite avec un bourgeois qui passait,—me dit-il en souriant d'un air farouche. À ces mots la petite fille baissa les yeux. L'enfant se réveilla et se mit à crier. La petite s'approcha du berceau.—Tiens! prends-le,—lui dit Birouk en lui tendant un biberon couvert de crasse.—Voilà! elle l'a abandonné,—continua-t-il à demi-voix en me montrant l'enfant. Puis, il s'approcha de la porte: mais il s'arrêta et se retourna de mon côté.