C'est l'entrée du palais royal de la très-vénérable vierge pure, qui tire son extraction de la maison du Prophète.
Heureux et glorieux le fidèle qui, par révérence, prosternera sa tête sur le seuil de cette porte, à l'imitation du soleil et de la lune.
Tout ce qu'il demandera avec foi, de dessus cette porte, sera comme la flèche qui atteint le but, c'est-à-dire il sera exaucé.
Certes, jamais la fortune n'embarrassera les entreprises de celui qui, pour l'amour de Dieu, a élevé ce portail à la face du peuple.
O fidèle! si tu demandes en quelle année a été construit ce portail, je te réponds: «De dessus le portail de Désir, demande tes désirs.»
Pour entendre ce dernier distique, il faut savoir qu'au lieu que, dans notre alphabet, il n'y a que sept lettres numérales, ou qui servent de chiffres, comme le V qui vaut cinq, l'X dix, l'L cinquante: l'alphabet, chez tous les Orientaux, a l'usage des nombres arithmétiques; ainsi, par un jeu d'esprit à quoi il faut beaucoup d'imagination, ils marquent l'année d'une chose par des mots qui y ont du rapport, et qui sont composés des lettres qui fassent juste, en leur valeur d'arithmétique, le nombre des années de leur époque. Celles-ci font mille soixante et un ans. Je vais en produire un autre exemple:
Le feu roi de Perse fit faire une tente, qui coûta deux millions. On l'appelle la Maison d'or, parce que l'or y reluit partout. J'en donnerai ailleurs la description. On peut juger quelle riche pièce c'est, tant par le prix qu'elle coûte que par le nombre des chameaux qu'il faut pour la porter, qui est de deux cent quatre-vingts. L'antichambre est faite d'un velours à fond d'or, dont la corniche est ornée de vers qui finissent ainsi: «Si tu demandes en quel temps a été fait le trône de ce second Salomon, je te dirai: Regarde le trône du second Salomon.» Les lettres de ces derniers mots, prises pour chiffres, font mille cinquante-sept ans. Cela tient du galimatias en notre langue; mais dans les langues orientales, cela a sa beauté et ses grâces.
La seconde cour n'est pas si belle que la première; mais la troisième ne l'est pas moins. Elle est entourée d'appartements, chacun à deux étages, d'une terrasse, d'un portique et d'un canal, tout de même que la première. Au milieu, il y a un grand bassin. Quatre gros arbres en marquent les coins et le couvrent de leurs feuillages. On entre de cette troisième cour dans la quatrième, par un escalier de marbre de douze marches. Le portail qui est au haut est tout à fait magnifique. Il est revêtu en bas de marbre blanc transparent, semblable à du porphyre et à de l'agate. Le haut, qui est un grand demi-dôme, est peint de moresques d'or et d'azur appliquées fort épais. Cette quatrième cour a des chambres en bas et aux côtés, avec des terrasses et des portiques comme les trois autres. Ce sont les logements des gens d'Église, des régents et des étudiants qui vivent des rentes de ce lieu sacré.
En face est le corps de l'édifice. Il consiste en trois grandes chapelles sur une ligne. Celle du milieu a une entrée de dix-huit pieds de profondeur, tout à fait magnifique. C'est un portail de ce beau marbre blanc dont on a parlé. Le haut, qui est aussi un grand demi-dôme, est incrusté par dehors de grands carreaux de faïence peints de moresques, et, par-dedans, tout doré et azuré. La porte, qui a douze pieds de hauteur et six de largeur, est de marbre transparent. Les valves ou battants sont tout revêtus d'argent, avec des appliques rapportées, de vermeil doré, de ciselé et de lisse, qui font une mosaïque tout à fait riche et curieuse. La chapelle est octogone, couverte d'un haut dôme. Le bas, à la hauteur de six pieds, est revêtu de grandes tables de porphyre ondé, et peint de fleurs tirées avec de l'or et des couleurs, dont la vivacité et l'éclat sautent aux yeux. Le haut est de moresques d'or et d'azur, admirablement vives et éclatantes, et inscrites de sentences et d'aspirations mystiques sur l'amour divin. Le fond du dôme est fait tout de même. Ce dôme est fort gros et admirablement beau, incrusté en dehors comme le portail. Au-dessus, s'élève une grande aiguille ou colophon, surmonté d'un croissant, dont les pointes sont allongées et renversées. Ce colophon, qui est d'une notable grosseur, est composé de boules de diverses grosseurs, posées l'une sur l'autre, et paraît d'en bas avoir plus de vingt pieds de haut, avec le croissant. Le tout est d'or fin. Les Persans disent que tout est massif. S'il est véritable, cela vaut des millions. Quoi qu'il en soit, cet ornement ne peut être que de très-grand prix. Voici quelques-unes des inscriptions dont j'ai fait mention:
Tout ce qui n'est pas Dieu, n'est rien.