«Fingal, debout sur son vaisseau, levait sa lance brillante: terrible était l'éclat de son acier, comme les feux sombres du météore de la mort, lorsque le voyageur est seul, et que le large disque de la lune est obscurci dans les deux.

«On a combattu, dit Fingal, et je vois le sang de mes amis. La tristesse est sur les champs de Lena; le deuil est dans les forêts du Cromla: elles ont vu tomber leurs chasseurs dans la force de l'âge, et le fils de Semo n'est plus.—Ryno, Fillan, mes enfants, faites retentir le cor de la guerre: montez sur cette colline du rivage, près du tombeau de Landarg, et appelez les ennemis. Que votre voix tonne comme celle de votre père, lorsqu'il engage le combat et déploie sa valeur. J'attends sur ce rivage le sombre, le puissant Swaran: qu'il vienne avec toute sa race; car ils sont terribles dans le combat, les amis des morts!»

«Le beau Ryno vola comme l'éclair; le noir Fillan, comme les ombres de l'automne. Déjà leur voix s'est fait entendre sur les bruyères de Lena: les enfants de l'Océan ont reconnu les sons du cor de Fingal. L'Océan mugissant ne descend pas des rivages du royaume des Neiges avec plus de violence et de rapidité que les enfants de Loclin du penchant de la colline. À leur tête marche leur roi dans l'appareil effrayant de ses armes. La rage allume son noir visage, et ses yeux roulent étincelants des feux de la valeur.

«Fingal aperçoit le fils de Starno, et se rappelle Agandecca. Swaran, jeune encore, avait donné des pleurs à la mort de sa sœur. Fingal lui envoie le barde Ullin pour l'inviter à sa fête; son âme est tendrement émue au souvenir de ses premières amours.

«Ullin, d'un pas ralenti par l'âge, marche vers le fils de Starno, et lui dit: «Ô toi qui habites loin de nous environné de tes flots, viens à la fête du roi et passe ce jour dans le repos; demain, ô Swaran, nous combattrons, nous briserons les boucliers.

«—Aujourd'hui! répond le fils de Starno plein de rage; c'est aujourd'hui que nous briserons les boucliers: demain ma fête sera célébrée, et Fingal sera gisant sur la terre.»

Ullin revient vers Fingal:

«Eh bien, dit Fingal avec un sourire, que demain Swaran donne sa fête; oui, aujourd'hui, mes enfants, nous briserons les boucliers. Ossian, reste à mes côtés; Gaul, lève ton épée terrible; Fergus, bande ton arc; et toi, Fillan, fais voler ta lance dans les airs. Levez tous vos larges boucliers; que vos lances soient des météores de mort Suivez moi dans la route de la gloire, et égalez mes actions dans le combat.»

«Mille vents déchaînés sur Morven, ou les nuages volant amoncelés à travers les cieux, ou les flots du noir Océan fondant sur les rivages du désert, leur bruit, leurs ravages, la terreur qu'ils inspirent: telle est l'image de l'horrible mêlée des deux armées sur la plaine retentissante de Lena. Les cris des combattants se répandent sur les collines, comme les éclats de la foudre pendant la nuit, lorsque la nue crève sur Cona, et qu'on entend dans les vents les cris de mille fantômes.

«Fingal s'élance, terrible comme l'esprit de Trenmor, lorsque d'un tourbillon il vient à Morven visiter ses illustres enfants. Les chênes émus gémissent, et les rochers tombent déracinés sur son passage. Le sang des ennemis inondait la main de mon père lorsqu'il agitait son épée dans un cercle flamboyant. Il se rappelle les combats de sa jeunesse; et, dans sa course, il dévaste le champ de bataille. Ryno s'avance comme une colonne de feu. Le front de Gaul est menaçant, Fergus et Fillan fondent sur l'ennemi. Moi-même je marchai triomphant sur les traces du roi. Mille fois mon bras donna la mort, et l'éclair de mon épée en était le signal effrayant. Mes cheveux alors n'étaient pas blanchis par les ans, et la vieillesse ne faisait pas trembler mes mains: mes yeux n'étaient pas couverts de ténèbres, et mes jambes ne m'abandonnaient pas dans ma course.