«Qui pourrait nombrer les morts ou les exploits des héros, dans cette journée où Fingal, brûlant de rage, foudroya les enfants de Loclin? Gémissements sur gémissements se répétaient de colline en colline, jusqu'à ce que la nuit vînt tout envelopper de ses ombres. Pâles et frissonnants d'effroi comme un troupeau de timides chevreuils, les enfants de Loclin se rassemblent sur la colline. Nous nous assîmes, pour entendre les sons de la harpe, au bord du paisible ruisseau de Lubar. Fingal, placé le plus près de l'ennemi, écoutait les chants des bardes qui célébraient sa race illustre. Assis et appuyé sur sa lance, il prêtait une oreille attentive. Le vent agitait ses cheveux blancs, et ses pensées se promenaient sur le passé. Près de lui était mon jeune, mon cher Oscar, penché sur sa lance; il admirait le roi de Morven, et son âme s'agrandissait au récit de ses actions.
«Fils de mon fils, dit le roi, Oscar, l'honneur du jeune âge, j'ai vu briller ton épée, et je me suis enorgueilli de ma race: suis la trace glorieuse de nos aïeux, et sois ce que furent Trenmor, le premier des hommes, et Trathal, le père des héros. Ils signalèrent leur jeunesse dans les combats; ils sont chantés par les bardes. Oscar, dompte le guerrier qui se défend; mais épargne le faible: fonds, comme un torrent, sur les ennemis de ton peuple; mais sois doux, comme le zéphyr qui caresse le gazon, pour ceux qui implorent ta clémence: tel vécut Trenmor; tel fut Trathal, et tel a été Fingal; mon bras fut toujours l'appui de l'opprimé, et le faible s'est reposé derrière les éclairs de mon épée.
«Oscar, j'étais jeune comme toi lorsque la belle Fainasollis s'offrit à moi, ce rayon du soleil, cette douce lumière d'amour, la fille du roi de Craca. Je revenais des bruyères de Cona, n'ayant avec moi que quelques-uns de mes guerriers. Les voiles d'un esquif se présentent à nos yeux sur le lointain des mers: il paraissait comme un nuage qui s'élève sur les vents de l'Océan. Bientôt il s'approche, et nous aperçûmes cette belle. Son beau sein était agité et gonflé de soupirs. Le vent jouait dans ses cheveux dénoués; ses joues de rose étaient couvertes de pleurs: «Fille de la beauté, lui dis-je avec douceur, d'où viennent tes soupirs? Puis-je, jeune encore, puis-je te défendre, fille de la mer? Mon épée peut trouver mon égal dans le combat; mais mon cœur est indomptable.
«—Je suis dans tes bras, ô chef des braves, dit-elle en soupirant: c'est toi que j'implore, généreux protecteur du faible. Le roi de Craca chérissait en moi le rejeton le plus brillant de sa race, et plus d'une fois les collines du Cromla ont répondu aux soupirs d'amour adressés à l'infortunée Fainasollis. Borbar, roi de Sora, vit ma beauté et m'aima: son épée brille à son côté comme l'éclair du ciel; mais son sourcil est noir et sombre, et les orages sont dans son cœur. C'est lui que je fuis à travers les flots; c'est lui qui me poursuit.
«—Viens te placer, lui dis-je, à l'abri de mon bouclier, et rassure-toi, beauté ravissante. Il fuira, le sombre chef de Sora; il fuira, si le bras de Fingal répond à son cœur. Je pourrais bien, fille de la mer, te cacher dans quelque grotte solitaire et profonde; mais jamais Fingal n'a fui des lieux où le danger menace. C'est au milieu de la tempête des combats et des lances que son âme s'épanouit de joie.»
«Je vis des larmes couler sur les joues de la belle. Je m'attendris sur son sort.
«Bientôt, telle qu'une vague menaçante, paraît sur le lointain des mers le vaisseau du fougueux Borbar. Ses voiles se jouent autour de ses mâts élevés sur les flots; les ondes blanchissent et roulent sur les flancs du vaisseau, et l'Océan mugit alentour. «Quitte, lui dis-je, quitte l'Océan, étranger porté sur les tempêtes. Viens partager ma fête dans mon palais. Ma demeure est l'asile des étrangers.» La belle était tremblante à mes côtés: il décoche un trait, elle tombe. «Ta main est sûre, Borbar; mais cette belle était un faible ennemi.» Nous combattîmes, et ce combat fut sanglant et mortel: Borbar tomba sur mes coups. Nous plaçâmes sous deux tombes de pierre cette belle infortunée et son cruel amant.
«Tel je fus dans mon jeune âge; mais toi, Oscar, imite la vieillesse de Fingal; ne cherche jamais le combat: s'il se présente, ne l'évite jamais. Fillan, Oscar, devancez les vents, volez sur la plaine, et observez les enfants de Loclin. J'entends le tumultueux désordre où les jette la peur. Allez, qu'ils n'échappent pas à mon épée en fuyant sur les vagues du Nord: car combien de guerriers de la race d'Erin sont ici couchés sur le lit de mort!»
«Les deux héros volèrent comme deux sombres fantômes sur leurs chars aériens, lorsqu'ils viennent effrayer les malheureux mortels.
«Alors le fils de Morni, Gaul, s'avance, et se présente dans une altitude intrépide: sa lance reluit aux étoiles. «Ô Fingal! cria le héros, dis aux bardes d'appeler par leurs chants le doux sommeil sur tes guerriers fatigués. Et toi, Fingal, remets dans son fourreau ton épée homicide, et laisse combattre ton peuple. Nous languissons ici sans gloire, et notre roi est le seul qui combatte et triomphe. Quand le matin blanchira nos collines, observe de loin nos exploits. Que les guerriers de Loclin sentent l'épée tranchante du fils de Morni, et que les bardes puissent célébrer ma renommée. Telle fut jadis la conduite des nobles ancêtres de Fingal; telle fut aussi la tienne, ô Fingal!