«—Fils de Morni, répondit Fingal, je chéris ta gloire. Combats; mais ma lance te suivra de près, pour voler à ton secours au milieu du péril. Élevez, élevez vos voix, enfants des concerts, et faites descendre sur moi le paisible sommeil. Fingal va dormir ici au murmure des vents de la nuit. Et toi, ô Agandecca! si tu es près de ces lieux, parmi les enfants de ta patrie, ou si tu es assise sur un nuage au-dessus des mâts et des voiles de Loclin, viens me visiter dans mes songes. Belle qui me fus si chère, viens réjouir mon âme du doux aspect de ta beauté.»

«Mille harpes et mille voix unirent leurs sons mélodieux. Les bardes chantèrent les nobles actions de Fingal et de son auguste race; et quelquefois on entendit prononcer dans leurs chants le nom d'Ossian, d'Ossian aujourd'hui plongé dans le deuil! J'ai combattu, j'ai vaincu souvent dans les guerres d'Erin; mais maintenant, aveugle, dans les larmes, et délaissé, je me traîne confondu dans la foule des mortels vulgaires. Ô Fingal! je ne te vois plus environné des guerriers de ta race: les bêtes sauvages viennent paître sur la tombe du puissant roi de Morven... Paix éternelle à ton ombre, roi des épées, héros le plus fameux des collines de Cona.»

VII

Ossian lui-même chante ses premières amours dans son quatrième chant.

Malvina, sa petite-fille, qui vit auprès de son vieux père pour le consoler de la perte de ses enfants et pour entendre ses chants, l'écoute. Voici ce que sa mémoire lui représente:

«Quelle est celle qui descend en chantant de la montagne, brillante comme l'arc pluvieux qui couronne la colline de Lena? C'est cette belle dont la voix inspire l'amour; c'est l'aimable fille de Toscar: plus d'une fois tu prêtas l'oreille à mes chants, plus d'une fois je vis couler les larmes de tes beaux yeux. Viens-tu pour être témoin de nos combats, ou pour entendre le récit des actions d'Oscar? Quand cesserai-je de pleurer au bord des ruisseaux de Cona! Mes années se sont écoulées dans les batailles, et la douleur assiége ma vieillesse.

«Belle Malvina, je n'étais pas, comme aujourd'hui, aveugle et flétri par les chagrins; je n'étais pas ainsi triste et dans l'abandon, lorsque la belle Evirallina m'aimait, Evirallina aux cheveux noirs, à la gorge éblouissante. Mille héros lui offrirent leurs vœux: elle refusa son amour à mille héros: une foule de braves guerriers se retirèrent dédaignés. Ossian seul plaisait à ses yeux.

«J'allai vers les ondes noires de Lego pour obtenir sa main: douze guerriers de ma nation, enfants valeureux des plaines de Morven, m'accompagnèrent. Nous arrivâmes à la demeure de Branno, l'ami des étrangers.

«De quel lieu, dit-il, viennent ces armes étrangères? Elle n'est pas facile, la conquête de la beauté qui a déjà refusé tant de guerriers d'Erin; mais sois heureux, ô toi, fils de Fingal: heureuse est la belle qui t'est réservée! Eussé-je douze beautés qui m'appelassent leur père, je les offrirais à ton choix, illustre enfant de la renommée.» À ces mots, il ouvrit la salle où était la belle Evirallina: à sa vue, la joie fit palpiter nos cœurs sous l'acier, et nous fîmes des vœux pour la fille de Branno.

«Mais au-dessus de nos têtes, au sommet de la colline parut la troupe du superbe Cormac. Huit guerriers le suivaient, et la plaine resplendissait des éclairs de leurs armes. Là étaient Colla et Duna couvert de blessures, et le puissant Toscar; et avec eux Tago et le victorieux Frestat. Suivaient Daïro, heureux dans les combats, et Dala, le boulevard des guerriers dans leur retraite. L'épée flamboyait dans la main de Cormac, ses yeux étaient pleins de douceur. Ossian prit avec lui huit de ses guerriers, l'impétueux Ullin, le généreux Mullo, le noble et gracieux Scelacha, Oglan et le fougueux Cerdal et le farouche Dumariccan: et pourquoi te nommerai-je le dernier, Ogar, si fameux sur les collines d'Arven!