Mais, semblable au point brillant qui part de l'orient, tu t'élèves dans les airs; tu vas rejoindre les ombres de tes aïeux, tu vas t'asseoir avec eux dans le palais du tonnerre. Un nuage domine la montagne de Cona; ses flancs azurés touchent au firmament; il s'élève au-dessus de la région où soufflent les vents: c'est là qu'est la demeure de Fingal. Le héros est assis sur un trône de vapeurs, sa lance aérienne est dans sa main. Son bouclier, à demi couvert de nuages, ressemble à la lune, quand la moitié de son globe est encore plongée dans l'onde et que l'autre luit faiblement sur la campagne. Les amis de Fingal sont assis autour de lui sur des siéges de brouillard; ils écoutent les chants d'Ullin. Le barde touche sa harpe fantastique, et élève sa faible voix. Les héros, moins distingués, éclairent de mille météores le palais aérien. Au milieu d'eux, Malvina s'avance en rougissant: elle contemple les visages inconnus de ses ancêtres, et détourne ses yeux humides de pleurs.
«Pourquoi, lui dit Fingal, pourquoi viens-tu sitôt parmi nous, fille du généreux Toscar? Quel deuil dans le palais de Lutha! quelle douleur pour la vieillesse de mon fils! J'entends le zéphyr de Cona, qui se plaisait à soulever ton épaisse chevelure. Il vole à ton palais, tu n'y es plus; il gémit entre les armes de tes aïeux. Étends tes ailes frémissantes, ô zéphyr, va soupirer sur le tombeau de Malvina. Il s'élève au pied de ce rocher, sur les bords du torrent bleuâtre de Lutha. Les jeunes filles qui chantaient alentour se sont retirées. Toi seul, ô zéphyr, y fais entendre tes pleurs.
Mais qui part du sombre occident, porté sur un nuage? Un sourire semble animer les traits obscurs de son visage: sa chevelure de brouillard flotte sur les vents, il se penche sur sa lance aérienne. Ô Malvina! c'est ton père: «Pourquoi, dit-il, pourquoi brilles-tu sitôt sur nos nuages, astre charmant de Lutha? Mais tu es triste, ô ma fille: tu as vu disparaître tous tes amis. Une race dégénérée nous remplace dans nos palais, et de tous ces héros il ne reste plus qu'Ossian.
Fingal commande, je déploie mes voiles, et Toscar, chef de Lutha, traversa avec moi les plaines de l'Océan. Nous dirigeâmes notre course vers l'île de Berrathon. La mer qui l'environne est sans cesse agitée par la tempête: c'est là qu'habitait le généreux Larmor, courbé sous le poids des années; il avait donné des fêtes à Fingal, quand ce héros vint au palais de Starno disputer le cœur d'Agandecca. Uthal, si fier de sa beauté, l'amour de toutes les belles, Uthal, fils de Larmor, voyant son père accablé de vieillesse, le chargea de chaînes et usurpa son palais.
Le vieillard languit longtemps dans une caverne, sur le rivage de ses mers. Le jour naissant ne pénétrait point dans cette sombre demeure. Un chêne embrasé ne l'éclairait point pendant la nuit: on y entendait les mugissements des vents de l'Océan: l'antre obscur ne recevait que les derniers rayons de la lune à l'horizon, et Larmor voyait luire l'étoile rougeâtre au moment où elle tremble en se plongeant dans les flots de l'occident.
Snitho, le compagnon de la jeunesse de Larmor, vint au palais de Fingal, il lui raconta les malheurs du roi de Berrathon. Fingal s'en indigna: trois fois il porta la main à sa lance, résolu d'étendre son bras vengeur sur le perfide Uthal: mais le souvenir de ses exploits se réveille dans son âme et l'arrête: il ordonne à son fils et à Toscar de partir. Nous étions transportés de joie en traversant les flots: nos mains impatientes se portaient sans cesse à nos épées à demi tirées, car jamais encore nous n'avions combattu seuls. La nuit descendit sur l'Océan, les vents se taisaient, la lune pâle et froide roulait dans les cieux, les étoiles levaient leurs têtes étincelantes. Nous voguâmes quelque temps le long de la côte de Berrathon; les vagues blanchissantes se brisaient contre les rochers.
«Quelle est, me dit Toscar, cette voix qui se mêle au bruit des flots; elle est douce, mais triste? Est-ce la voix de l'ombre d'un barde? Mais j'aperçois une fille seule, assise sur un rocher, sa tête penchée sur son bras de neige, les cheveux épars et flottants. Écoutons, fils de Fingal, écoutons ses chants; ils sont agréables comme le gazouillement du ruisseau de Lavath.»
Nous approchâmes à la faveur de la clarté silencieuse de la lune, et nous entendîmes cette complainte:
«Jusques à quand roulerez-vous autour de moi, sombres vagues de l'Océan? Ma demeure n'a pas toujours été dans un antre profond, au pied d'un chêne gémissant: il fut un temps où je m'asseyais aux fêtes du palais de Tor-Thoma; mon père se plaisait à entendre ma voix: les jeunes guerriers suivaient des yeux ma démarche gracieuse et bénissaient la belle Nina. Tu vins alors, mon cher Uthal; tu me parus beau comme le soleil: les cœurs de toutes les jeunes filles sont à toi, fils du généreux Larmor; mais pourquoi me laisses-tu seule au milieu des flots? Mon âme a-t-elle médité ta mort? Ma faible main a-t-elle levé le fer contre toi? Mon cher Uthal, pourquoi m'abandonnes-tu?»
Je ne pus entendre les plaintes de cette infortunée sans répandre des pleurs: je me présentai devant elle, couvert de mes armes, et je lui dis avec douceur: «Aimable habitante de cette caverne, pourquoi soupires-tu? Veux-tu qu'Ossian lève l'épée pour ta défense? Veux-tu qu'il détruise tes ennemis. Fille de Tor-Thoma, lève-toi, j'ai entendu tes plaintes touchantes. Les enfants de Morven t'environnent: toujours ils protégèrent le faible: viens dans notre vaisseau, fille plus belle que cette lune qui brille à son couchant; viens, nous dirigeons notre course vers les rochers de Berrathon, vers les murs retentissants de Finthormo.»