Elle nous suivit: sa démarche développait toutes ses grâces. La joie reparut sur son beau visage; ainsi quand, au printemps, les ombres qui couvraient la campagne sont dissipées, les torrents azurés brillent dans leurs cours, et l'épine verdoyante se penche sur leurs ondes.

Le jour renaît, nous entrons dans la baie de Rothma. Un sanglier s'élance de la forêt, ma lance lui perce le flanc. Je me réjouis en voyant couler son sang, et je prévis l'accroissement de ma gloire. Mais déjà la colline de Finthormo retentit sous les pas des guerriers d'Uthal; ils se répandent dans la plaine et poursuivent les sangliers. Uthal s'avance à pas lents, fier de sa force et de sa beauté. Il lève deux lances affilées. Sa terrible épée pend à son côté. Trois jeunes guerriers portent ses arcs polis: cinq dogues légers bondissent devant lui. Ses guerriers le suivent à quelque distance, et admirent sa démarche altière. Rien n'égalait ta beauté, fils de Larmor; mais ton âme était sombre comme la face obscure de la lune quand elle annonce la tempête.

Uthal nous aperçoit sur le rivage, il s'arrête; ses guerriers se rassemblent autour de lui. Un barde en cheveux blancs s'avance vers nous. «D'où sont ces étrangers? dit-il. Ils sont nés dans un jour malheureux, ceux qui viennent à Berrathon braver la force d'Uthal: il ne prépare point des fêtes dans son palais pour recevoir les étrangers; mais leur sang rougit les ondes de ses torrents. Si vous venez de Selma, du palais antique de Fingal, choisissez trois de vos jeunes guerriers pour aller lui porter des nouvelles de l'entière destruction de son peuple. Peut-être il viendra lui-même; son sang coulera sur l'épée d'Uthal, et la gloire de Finthormo s'élèvera comme un jeune arbre, l'honneur du vallon.»

«Non, jamais, répliquai-je en courroux. Ton roi fuira devant Fingal. Les yeux du roi de Morven lancent les foudres de la mort; il s'avance et les rois ne sont plus. Le souffle de sa rage les fait rouler au loin comme des pelotons de brouillards. Tu veux que trois de nos jeunes guerriers aillent annoncer à Fingal que son peuple a péri, ils iront peut-être; mais du moins ils lui diront que son peuple a péri avec gloire.»

J'attendis l'ennemi de pied ferme. Près de moi Toscar tire son épée: l'ennemi vient comme un torrent; les cris confus de la mort s'élèvent; le guerrier saisit le guerrier; le bouclier choque le bouclier; l'acier mêle ses éclairs aux éclairs de l'acier; les dards sifflent dans l'air; les lances résonnent sur les cottes d'armes, et les épées rebondissent sur les boucliers rompus. Tel au souffle impétueux des vents gémit un bois antique, quand mille ombres irritées rompent ses arbres au milieu de la nuit.

Uthal tombe sous mon épée, et les enfants de Berrathon prennent la fuite; à l'aspect de sa beauté, je ne pus retenir mes larmes. «Tu es tombé, m'écriai-je, ô jeune arbre, et ta beauté est flétrie. Tu es tombé dans tes plaines, et la campagne est triste et dépouillée. Les vents du désert soufflent; mais l'on n'entend plus frémir ton feuillage. Fils du généreux Larmor, tu es beau, même dans les bras de la mort.»

Nina, assise sur le rivage, écoutait le bruit du combat. Lethmal, vieux barde de Selma, était resté près d'elle: «Vénérable vieillard, lui dit-elle en tournant sur lui ses yeux humides de larmes, j'entends le rugissement de la mort. Tes amis ont attaqué Uthal, et mon héros n'est plus. Ah! que ne suis-je restée sur mon rocher, au milieu des vagues de l'Océan: mon âme serait accablée de douleur; mais le bruit de sa mort n'aurait pas frappé mon oreille. Es-tu tombé dans tes plaines, aimable souverain de Finthormo? Tu m'avais abandonnée sur un rocher; mais mon âme était toujours pleine de ton image. Uthal, es-tu tombé dans tes plaines?»

Elle se lève, pâle et baignée de larmes; elle voit le bouclier d'Uthal couvert de sang, elle le voit dans les mains d'Ossian; elle vole éperdue sur la plaine; elle vole, elle trouve son amant; elle tombe: son âme s'exhale dans un soupir; ses cheveux couvrent le visage de son amant. Je versai un torrent de larmes; j'élevai un tombeau à ce couple malheureux, et je chantai:

«Reposez en paix, jeunes infortunés, reposez au murmure de ce torrent. Les jeunes filles, en allant à la chasse, verront votre tombeau et détourneront leurs yeux. Vos noms vivront dans les chants des bardes; ils toucheront à votre gloire leurs harpes harmonieuses: les filles de Selma les entendront, et votre renommée s'étendra dans les contrées lointaines. Dormez en paix, jeunes infortunés, dormez au murmure de ce torrent.»

Nous restâmes deux jours sur la côte. Les héros de Berrathon s'y rassemblèrent. Nous conduisîmes Larmor à son palais: on y prépara la fête. Le vieillard faisait éclater sa joie. Il ne se lassait point de regarder les armes de ses aïeux, ces armes antiques qu'il avait laissées dans son palais, quand il en fut arraché par l'ambitieux Uthal. Nos louanges furent chantées en présence de Larmor: il bénit lui-même les héros de Morven: il ignorait que le superbe Uthal, son fils, avait péri dans le combat: on lui dit qu'il s'était enfoncé dans l'épaisseur de la forêt pour cacher sa douleur et ses larmes; mais, hélas! il était muet sous la tombe, au milieu de la bruyère de Rothma.