«—Fuis, guerrier ami de la paix, dit Calmar; fuis dans tes collines silencieuses, où ne brilla jamais la lance des combats; va poursuivre le chevreuil du Cromla et arrêter avec tes flèches les cerfs bondissants de Lena; mais toi, Cuchullin, fils de Semo, arbitre de la guerre, disperse les enfants de Loclin; porte le ravage au travers de leurs bataillons orgueilleux; que jamais vaisseau du royaume des Neiges ne bondisse sur les flots agités d'Inistore[5]. Levez-vous, ô vents orageux d'Erin[6]; mugissez, ouragans des bruyères; puissé-je mourir au milieu de la tempête, enlevé dans un nuage par les fantômes irrités des morts; que Calmar meure au milieu de l'orage, si jamais la chasse eut pour lui autant d'attraits que les batailles.
«—Calmar, répliqua Connal d'une voix tranquille, jamais je n'ai fui; j'ai volé aux combats à la tête de mes guerriers; mais la renommée de Connal est faible encore. La bataille a été gagnée à ma vue, et le brave a triomphé: mais écoute ma voix, ô fils de Semo, et souviens-toi du trône antique de Cormac; donne des richesses et la moitié de ce royaume pour acheter la paix, jusqu'à ce que Fingal arrive avec son armée; mais si tu choisis la guerre, je saisis ma lance et mon épée; ma joie sera d'être au milieu des combattants, et mon âme se déploiera dans le fort de la mêlée.
«—Pour moi, dit Cuchullin, le bruit des armes plaît à mon oreille; il me plaît comme le bruit du tonnerre avant les douces pluies du printemps; rassemble toutes mes troupes; que je voie sous mes yeux tous mes guerriers; qu'ils s'avancent au travers des bruyères, brillants comme le rayon du soleil avant l'orage, lorsque le vent d'occident assemble les nuées, et que les chênes de Morven gémissent le long des rivages.
«Mais où sont mes amis, les compagnons de mon bras dans le danger? Où es-tu, Caïrbar, au sein d'albâtre? Où est ce Ducomar, ce foudre de guerre? Et toi, Fergus, m'as-tu donc abandonné au jour de la tempête? Fergus, le premier à partager la joie de nos fêtes?
«Fils de Rossa, bras de la mort, viens-tu comme le rapide chevreuil des collines retentissantes de Malmor[7]? Salut au fils de Rossa; mais quel nuage obscurcit ton âme belliqueuse?
«—Quatre pierres, répondit Fergus[8] s'élèvent sur la tombe de Caïrbar; et ces mains ont placé dans la terre le vaillant Ducomar. Fils de Torman, tu étais un astre sur la colline; et toi, ô Ducomar! tu étais fatal comme les exhalaisons du marécageux Lano, lorsqu'elles s'étendent sur les plaines de l'automne, et qu'elles portent la mort parmi les nations. Morna! toi, la plus belle des filles, ton sommeil est paisible dans le creux du rocher! tu es tombée dans les ténèbres, comme l'étoile qui traverse les déserts dans sa chute oblique, et dont le voyageur solitaire regrette la lueur passagère.
«—Dis à Cuchullin, dis comment sont tombés les chefs d'Erin? Ont-ils péri de la main des enfants de Loclin en combattant dans le champ des héros, ou quelle autre cause a précipité les chefs de Cromla dans l'étroite et sombre demeure[9]?
«—Caïrbar, repartit Fergus, a péri par l'épée de Ducomar, au pied d'un chêne, sur le bord du torrent. Ducomar vint ensuite à la grotte de Tura, et adressa ces paroles à l'aimable Morna:
«Morna, la plus belle des femmes, aimable fille de Cormac, pourquoi te tiens-tu seule dans l'enceinte de ces pierres, dans le creux de ce rocher? Le ruisseau murmure tristement; le gémissement de l'arbre antique s'élève sur les vents; le lac est troublé; un sombre nuage voile les cieux; mais toi, tu es blanche comme la neige de ces bruyères, et ta chevelure ressemble aux vapeurs qui couronnent le sommet du Cromla, lorsqu'elles pendent en flocons sur les rochers et qu'elles brillent aux rayons du couchant. Ton sein offre à la vue deux globes de marbre, tels qu'on en voit au bord des ruisseaux de Branno; tes bras ont la blancheur et la fermeté des colonnes d'albâtre du palais de Fingal.
«—D'où viens-tu, répond la belle; d'où viens-tu, Ducomar, le plus sombre des hommes? Tes sourcils sont noirs et terribles; les yeux roulent une prunelle enflammée; Swaran paraît-il sur la mer? Ducomar, quelles nouvelles de l'ennemi?