«—Ô Morna! je descends de la colline des Biches. Trois fois j'ai bandé mon arc, et j'en ai terrassé trois. Trois autres ont été la proie de mes dogues légers. Aimable fille de Cormac, je t'aime comme mon âme; j'ai tué pour toi un magnifique cerf; sa tête était parée d'un bois à plusieurs rameaux, et ses pieds égalaient la légèreté des vents.

«—Je ne t'aime point, guerrier farouche; ton cœur a la dureté du roc, et ton œil noir m'inspire la terreur. Mais toi, Caïrbar, toi, fils de Torman, tu es l'amour de Morna; tu as pour moi la douceur d'un rayon de soleil qui luit sur la colline dans un jour d'orage! As-tu vu le jeune Caïrbar? As-tu rencontré cet aimable guerrier sur la colline des Chevreuils? La fille de Cormac attend ici le retour du fils de Torman.

«—Et Morna l'attendra longtemps; son sang est sur mon épée; Morna l'attendra longtemps; il est tombé sur les rives de Branno; j'élèverai sa tombe sur le sommet du Cromla. Mais fixe ton amour sur Ducomar; son bras est fort comme la tempête.

«—Il n'est donc plus, le fils de Torman! dit sa jeune amante, les yeux pleins de larmes. Il est donc tombé sur la colline, ce jeune et beau guerrier! Il était toujours le premier à la tête des chasseurs de la montagne; il était le fléau des ennemis apportés par l'Océan. Ducomar, oui, tu es sombre et farouche, et ton bras cruel est funeste à Morna. Barbare, donne-moi cette épée; j'aime le sang de Caïrbar.

«Ducomar, touché de ses larmes, lui cède son épée: elle la lui plonge dans le sein. Comme un rocher qui se détache de la montagne, il tombe et étend un bras vers elle:

«—Morna, tu as donné la mort à Ducomar: je sens dans mon sein le froid de l'acier. Rends mon corps à la jeune Moïna; Ducomar était l'objet de ses songes. Elle m'élèvera un tombeau: le chasseur le remarquera et me donnera des louanges. Mais, de grâce, retire ce fer de mon sein: Morna, je le sens qui me glace.

«Elle s'approche, tout en larmes, et elle retire l'épée du sein du guerrier: Ducomar en tourne la pointe sur elle et perce son beau sein. Elle tombe, et les boucles de sa belle chevelure sont éparses sur la terre: son sang sort en bouillonnant de sa blessure et rougit l'albâtre de son bras. Elle s'agite dans les convulsions de la mort: la grotte de Tura répéta ses derniers gémissements.

«—Paix éternelle, dit Cuchullin, aux âmes des héros! leurs actions furent éclatantes dans les dangers. Que leurs ombres errent autour de moi, portées sur les nuages; que je voie leurs traits guerriers: à leur aspect, mon âme sentira croître sa constance dans les périls, et mon bras lancera les foudres de la mort. Mais toi, Morna, viens à mes yeux sur un rayon de la lune: viens près de ma fenêtre pendant mon sommeil, quand j'oublierai la guerre et ses alarmes pour ne songer qu'aux loisirs de la paix.

«Rassemblez nos tribus et marchez aux combats; suivez mon char de bataille, et que vos accents guerriers se mêlent au bruit de ma course. Placez trois lances à mes côtés; volez sur la trace de mes coursiers bondissants; que mon âme se sente soutenue du courage de mes amis, lorsque la nuit du combat s'épaissira autour de mon épée étincelante.»

«Tels qu'un torrent écumant se précipite de la cime escarpée du Cromla, lorsque le tonnerre gronde et que la sombre nuit a déjà noirci la moitié de la colline; tels et plus terribles encore s'élancent les nombreux enfants d'Erin. Leur chef déploie toute sa valeur, semblable à la baleine de l'Océan que suivent toutes les vagues émues sur sa trace, ou au fleuve qui roule toutes ses eaux sur le rivage.