Comment l'amour d'une femme vaine et perverse l'échauffe, l'embrase et y participe du cœur et de la main, en le facilitant et en l'accomplissant à demi elle-même.
Comment, une fois accompli, on en veut enfin le prix, et comment pour cueillir la paix et pour étouffer le remords, il mène à tous les crimes, puis à la mort.
La peinture de ce remords rendu visible par la tache indélébile de sang sur la main de l'assassin, que toutes les vagues de l'Océan ne peuvent faire disparaître, est une image digne de Job.
La mort de lady Macbeth et la féroce intrépidité de son époux en lutte désespérée contre le destin, mais sans fléchir, même en succombant, relèvent tout, même le crime; on déteste, mais on admire. C'est l'horreur qui fait pitié, c'est le chef-d'œuvre du tragique. C'est Macbeth, la plus belle des tragédies. Lisez, relisez, et ne fermez le livre que pour vous en souvenir éternellement.
XVI
Comparez maintenant Molière à Shakespeare! Mais non, ne comparez rien, jouissez de tout. Il n'y a rien de commun entre les deux talents, pas plus qu'entre les deux peuples. Ce sont deux saisons qui ne se ressemblent pas et qu'il faut également admirer. Molière, qui ne ressemble à rien dans l'antiquité comique, rend en vers plaisants et merveilleux les plus facétieux détails des caractères humains; il n'a point d'égal, comme il n'eut point de modèle. Le comique est son nom, on ne l'effacera jamais.
Shakespeare plonge dans l'abîme des fortes passions humaines avec quelque sauvagerie sans doute, mais avec un élan, une profondeur, une largeur qui n'ont de comparaison dans aucune langue. Ne comparons donc pas ces deux grands esprits, l'un de l'abîme, l'autre des régions tempérées. Mais déclarons notre insuffisance en ne tentant pas de les rapprocher: l'un est au-dessus du goût, l'autre est au-dessus du sublime. Ineffables tous deux!
XVII
Hugo, dans une œuvre d'un style égyptien mais souvent taillé en blocs comme les pyramides, a analysé Shakespeare; il est difficile de mesurer et plus difficile de porter ces blocs; ils sont jetés avec profusion et souvent sans symétrie et sans choix les uns sur les autres, mais il y en a beaucoup qui révèlent la pensée et la force d'un cyclope du style.
Aimé Martin, le plus doux des hommes, a commenté Molière: trahit sua quemque coluptas. Il a écrit avec l'atticisme d'un écrivain du siècle de Louis XIV. C'était l'homme qu'il fallait pour comprendre et pour analyser cette charmante nature du poëte cultivé sous un grand roi biblique, devant un grand peuple poli comme son époque de génie renaissant et d'imitation classique; leur mérite est divers, mais leur entreprise est également recommandable. D'ailleurs, j'aime trop le commentateur de Molière pour être juste; je suis surtout ami! pardonnez aux faiblesses de l'amitié!