Marie,
R. d'Écosse, D. de France.»

Quand on lui lut la ratification de son jugement et l'ordre d'exécution signé par Élisabeth:

«C'est bien, dit-elle tranquillement; voilà la générosité de la reine Élisabeth! Aurait-on jamais cru qu'elle osât en venir à ces extrémités avec moi qui suis sa sœur, son égale, et qui ne saurais être sa sujette? Dieu soit loué de tout cependant, puisqu'il me fait cet honneur de mourir pour lui et son Église!»

Nous laissons parler sur les derniers instants de sa vie l'historien, à la fois érudit et pathétique, qui a recueilli pour ainsi dire chacun de ses derniers soupirs. La reine, jusque-là si coupable, fut transformée en martyre par l'approche de la mort. Quand l'âme est grande, elle grandit avec la destinée. Cette destinée était sublime, car elle était tout à la fois une expiation acceptée et une réhabilitation dans le sang.

«Il était nuit, raconte l'historien de Marie-Stuart. Elle entendit sans trouble ce terrible rendez-vous.

«Quand les comtes se retirèrent, Marie leur dit:

«Béni soit le moment qui terminera mon cruel pèlerinage! L'âme assez lâche pour ne pas accepter ce combat suprême sur la terre ne serait pas digne du ciel!»

«La reine rentra dans son oratoire et pria Dieu, les genoux nus sur les dalles nues; puis elle dit à ses femmes: «Je souhaiterais manger quelque chose, afin que demain le cœur ne me faillie pas, et que je ne fasse rien dont puissent rougir mes amis.» Ce dernier repas fut sobre, solennel, avec quelques éclairs d'affectueux enjouement. «Pourquoi, dit Marie à Bastien, autrefois le chef de ses bouffons, ne cherches-tu pas à m'égayer? Tu es cependant un bon mime, mais tu es un meilleur serviteur.» Revenant bientôt à cette pensée que sa mort était un martyre, et s'adressant à Bourgoing, son médecin, qui la servait, Melvil, son maître d'hôtel étant retenu aux arrêts, ainsi que Préau, son aumônier: «Bourgoing, dit-elle, n'avez-vous pas entendu le comte de Kent? Il aurait fallu un autre docteur pour me convaincre. Il a avoué, du reste, que le warrant de mon exécution était le triomphe de l'hérésie dans ce pays. C'est la vérité, reprit-elle avec une satisfaction religieuse. Ils ne me tuent pas comme complice de cette conspiration, mais comme reine dévouée à l'Église. À leur tribunal, mon crime, c'est ma foi; ce sera ma justification devant mon souverain juge.»

«Ses filles, ses officiers, tous ses gens étaient navrés et la considéraient en silence. Ils avaient peine à se contenir. Au dessert, Marie parla de son testament où pas un nom ne devait être omis. Elle demanda l'argent et les bijoux qui lui restaient. Elle les distribua de la main et du cœur. Elle adressa ses adieux à chacun avec ce tact délicat qui lui était si naturel, avec bonté, avec émotion. Elle leur demanda pardon, et pardonna aux présents et aux absents, Nau excepté. Tous alors éclatèrent en sanglots, et se jetèrent à genoux autour de la table. La reine, attendrie, but à leur santé, les invitant à boire à son salut. Ils obéirent en pleurant, et à leur tour ils burent à leur maîtresse, en portant à leurs lèvres leurs coupes où les larmes se mêlèrent avec le vin.

«La reine, affectée de ce spectacle douloureux, voulut être seule.