«Elle écrivit son testament.
«Cet écrit achevé, Marie, seule dans son cabinet avec Jeanne Kennethy et Élisabeth Curle, s'informa de ce qu'elle avait d'argent. Elle possédait cinq mille écus qu'elle sépara en autant de lots différents qu'elle avait de serviteurs, proportionnant les sommes aux rangs, aux fonctions, aux besoins. Ces lots, elle les plaça dans autant de bourses pour le lendemain.»
Elle demanda ensuite de l'eau; elle se fit laver les pieds par ses filles d'honneur.
Elle écrivit ensuite:
«.......... Je vous recommande encore mes serviteurs. Vous ordonnerez, s'il vous plaist, que, pour mon âme, je soys payée de partie de ce que me debvez, et qu'en l'honneur de Jésus-Christ, lequel je prieray demain, à ma mort, pour vous, me soyt laissé de quoy fonder un obit et faire les aumosnes requises.
«Ce mercredy, à deux heures après minuit.
«M. R.»
«Marie sentit la nécessité de se reposer. Elle se mit au lit. Ses femmes s'étant approchées: «J'aurois préféré, dit-elle, à cette hache une épée à la françoise.» Puis elle s'assoupit. Elle dormit un peu, et même alors, au mouvement de ses lèvres, son sommeil paraissait une prière. Son visage, pénétré d'une béatitude intérieure et comme éclairé du dedans, n'avait jamais brillé d'une beauté si charmante et si pure. Il était tellement illuminé d'un ravissement doux, tellement baigné de la grâce de Dieu, qu'il «semblait rire aux anges.» Élisabeth Curle, une de ses filles d'honneur, raconte que la reine dormit et pria; elle pria plus qu'elle ne dormit, à la lueur d'une petite lampe d'argent que Henri II lui avait donnée, et qu'elle avait gardée dans toutes ses fortunes. Cette petite lampe fut la dernière lumière de Marie dans sa prison, et comme le crépuscule de sa tombe: humble meuble tragique par les souvenirs qu'il rappelait!
«Éveillée avant le jour, la reine se leva. Sa première pensée fut l'éternité. Elle consulta l'horloge et dit: «Je n'ai plus que deux heures à vivre ici-bas.» Il était six heures du matin.»
«Elle ajouta à sa lettre au roi de France qu'elle désirait que les revenus de son douaire fussent payés après sa mort à ses serviteurs,—que leurs gages et pensions leur fussent payés leur vie durant,—que son médecin (Bourgoing) fût reçu au service du roi,—que Didier, un vieux officier de sa bouche, conservât le greffe qu'elle lui avait donné: «.......... Plus, que mon aumosnier soyt remis à son estat, et, en ma faveur, pourveu de quelque petit bénéfice pour prier Dieu pour mon ame le reste de sa vie..........