«Faict le matin de ma mort, ce mercredy huictiesme février 1587.

«Marie, Royne.»

«Une pâle aube d'hiver éclaira ces dernières lignes. Marie s'en aperçut. Elle appela Élisabeth Curle et Jeanne Kennethy. Elle leur fit signe de la revêtir de sa dernière robe, pour ce dernier cérémonial de la royauté.

«Pendant que ces mains amies l'habillaient, Marie fut silencieuse.

«Quand elle fut parée, elle passa devant l'un de ses deux grands miroirs incrustés de nacre, et sembla se considérer avec commisération. Elle se retourna et dit à ses filles: «Voici le moment de ne pas faiblir. Je me souviens que, dans ma jeunesse, monsieur mon oncle François me dit un jour à sa maison de Meudon: «Ma nièce, il y a surtout une marque à laquelle je vous reconnais de mon sang. Vous êtes brave comme le meilleur de mes hommes d'armes; et si les femmes se battaient comme aux temps anciens, j'estime que vous sauriez bien mourir.»—Il me reste à montrer, reprit-elle, à mes amis et à mes ennemis, de quel lieu je sors.»

«Elle avait demandé son aumônier Préau; on lui envoya deux ministres protestants. «Madame, nous venons vous consoler, dirent-ils en franchissant le seuil de la chambre.—Êtes-vous des prêtres catholiques? s'écria-t-elle.—Non, répondirent-ils.—Je n'aurai donc que mon Seigneur Jésus pour consolateur,» reprit-elle avec une fermeté triste; et elle les congédia.

«Elle entra dans son oratoire. Elle y avait façonné elle-même un autel, où son aumônier lui disait quelquefois la messe en secret. Là, s'étant agenouillée, elle fit plusieurs prières à demi-voix. Elle récitait les prières des agonisants, lorsqu'un coup frappé à la porte de sa chambre l'interrompit brusquement. «Que me veut-on?» demanda la reine en se levant. Bourgoing lui répondit de la chambre où il était avec les autres serviteurs, que les lords attendaient Sa Majesté.—«Il n'est pas temps encore, reprit la reine; qu'on revienne à l'heure convenue.» Alors, se précipitant de nouveau à genoux entre Élisabeth Curle et Jeanne Kennethy, elle fondit en larmes, se frappant la poitrine, rendant grâce à Dieu de tout, lui demandant avec ferveur, avec sanglots, de la soutenir durant les dernières épreuves. S'étant calmée peu à peu en essayant de calmer ses deux compagnes, elle se recueillit profondément. Que se passa-t-il dans sa conscience?..............

«Puis elle alla jusqu'à sa fenêtre, regarda le paisible horizon, la rivière, la prairie, le bois; revenant au milieu de sa chambre, et jetant un coup d'œil sur son horloge appelée la Reale, elle dit: «Jeanne, l'heure est sonnée; ils ne tarderont pas.»

«À peine avait-elle prononcé ces mots, qu'Andrews, shériff du comté de Northampton, frappa une seconde fois à la porte. «Ce sont eux,» dit Marie; et comme ses femmes refusaient d'ouvrir, elle le leur ordonna doucement. L'officier de justice entra en habit de deuil, le bâton blanc dans la main droite, et s'inclinant devant la reine, il dit à deux reprises: «Me voici.»

«Une faible rougeur monta aux joues de la reine, qui, s'avançant avec majesté, répondit: «Allons.»