III

Il me proposa de loger chez lui, sachant que je ne venais à Paris que pour aimer et non pour briller. J'acceptai: cette proposition convenait à mes goûts de solitude et ne contrariait en rien mon dégoût du monde.

Je m'installai, avec ma malle, dans une petite chambre de son appartement, où personne ne passait, et qui communiquait avec la sienne. Je m'y enfermai avec mes pensées comme dans une cellule.

Le seul roulement des voitures pendant un carnaval bruyant faisait quelquefois tinter mes fenêtres et m'avertissait que j'étais dans une île au milieu des flots du monde, qui roulaient à mes pieds. Ce bruit ne m'inspirait aucune envie de m'y mêler. Le monde et moi nous étions deux.

C'était comme le murmure lointain du vent dans les bois, qui vous frappe l'oreille avec les bruissements des feuillages et qui vous dit: «Tu es seul, tu es mélancolique; resserre ton cœur; jouis de ta solitude et de ta tristesse, et laisse les autres jouir du bruit qu'ils font; ce qui t'attend ce soir vaut mieux que ce vain tumulte.»

IV

Quand mon ami, avant d'aller dans le monde, entrait un moment dans ma chambre pour étaler son costume devant ma cheminée, je le regardais en souriant d'une certaine pitié sans envie, et je lui disais: «Va te montrer, mais voici l'heure où, quand tu seras parti, je m'isolerai dans mon manteau; je me glisserai sans bruit le long des murailles et j'irai attendre, sur le quai du Louvre, qu'une lumière solitaire s'allume, entre deux persiennes, pour m'annoncer que le dernier visiteur est retiré du salon, et pour laisser place à l'ami inconnu qui rôde dans le voisinage, comme l'âme cherchant son corps et n'en voulant point d'autre dans la foule de ceux qui ne sont pas nés.»

V

Il sortait, et je restais seul au coin de mon feu, un livre à la main, jusqu'à ce que la cloche de Saint-Roch sonnât onze heures, et que ce même onzième coup sonnât de l'autre côté de la Seine, dans un cœur qu'il faisait transir ou frissonner.

Puis, repliant, comme un conspirateur, mon manteau sur mes yeux, je marchais rapidement vers le pavillon du milieu d'un hôtel monumental où l'on m'attendait.