Chateaubriand écoutait en silence; il fut convaincu, il retira son Essai de chez les libraires.

Il se lia avec Fontanes, et il écrivit le Génie du Christianisme, préambule éloquent et passionné à la restauration religieuse. En l'écrivant, il savait assez que c'était la plus haute adulation qu'il pût adresser au restaurateur du vieux monde, qui pétrissait dans ses mains un monde nouveau.

Fontanes amena son jeune ami au futur empereur; c'était lui amener, dans un même homme, l'imagination de la jeunesse et des femmes, la religion et la pitié de la France: les trois prestiges de tout pouvoir nouveau. La figure et les manières du jeune homme plurent au futur souverain de l'empire.

Chateaubriand, que je n'ai connu que vieux, était alors dans le modeste éclat de sa jeunesse. Son front était penché comme sous une pensée méditative; ses traits étaient fins, comme ils sont restés depuis, mais nobles et francs; son expression profonde sans double entente, son œil intelligent mais sincère. Il abordait un homme quelconque de plain-pied; son tact merveilleux le plaçait juste dans l'attitude, ni trop haut ni trop bas; on voyait qu'il rendait tout ce qu'il devait rendre à son puissant interlocuteur, mais qu'il se sentait devant lui digne d'être regardé et respecté à son tour. Mais il n'y avait alors aucun orgueil déplacé dans sa physionomie. Il regardait la gloire avec assurance, en homme qui en connaissait le prix et qui savait qu'on la regarderait bientôt sur son propre front.

Il était petit de taille comme le grand homme du siècle, un peu penché sur l'épaule gauche; mais la grâce sévère du visage rachetait cette imperfection qui s'accrut avec les années.

Il parut plaire à Bonaparte, peu habitué à un coup d'œil d'égal à égal.

Telle fut sa première entrevue.

XVI

Fontanes ne s'y trompa pas.

Quels étaient les amis de France qui eurent sur lui tout d'abord une influence si directe et si heureuse?