C'était vous, c'était vous, ô mon ange gardien,
Vous dont le cœur alors chantait avec le mien.

Maintenant je suis seule et vieille à cheveux blancs;
Et le long des buissons abrités de la bise,
Chauffant ma main ridée au foyer que j'attise,
Je garde les chevreaux et les petits enfants:
Cependant dans mon sein la voix intérieure
M'entretient, me console, et me chante toujours.
Ce n'est plus cette voix du matin de mes jours,
Ni l'amoureuse voix de celui que je pleure;

Mais c'est vous, oui, c'est vous, ô mon ange gardien,
Vous dont le cœur me reste et pleure avec le mien!

Ce que les femmes de Calabre disaient ainsi de leur ange gardien, l'humanité peut le dire de la poésie. C'est aussi cette voix intérieure qui lui parle à tous les âges, qui aime, chante, prie ou pleure avec elle à toutes les phases de son pèlerinage séculaire ici-bas.

FÉNELON

Fénelon naquit d'une famille noble et militaire du Périgord vivant tantôt dans les camps, tantôt dans le fond de cette province.

Son père, Pons de Salignac, comte de Fénelon, retiré du service, avait eu plusieurs enfants d'un premier mariage avec Isabelle d'Esparbis. Veuf et déjà avancé en âge, il avait épousé Louise de Saint-Abre, dont il eut François de Fénelon.

Fils d'un vieillard et d'une jeune épouse, Fénelon reçut de la nature la maturité de l'un et les grâces de l'autre. Il fut élevé jusqu'à l'âge de douze ans dans la maison paternelle.

La littérature sacrée et les littératures grecque et latine, furent sous un précepteur particulier les premiers aliments de son imagination.

L'université de Cahors acheva son éducation.