VIII
Fénelon entremêlait à ces travaux et à ces devoirs de sa profession des correspondances intimes, pleines d'onction sainte et d'enjouement avec ses amis. Il en avait déjà un grand nombre; le plus cher et le plus assidu était le jeune abbé de Langeron. Bossuet était pour lui plus qu'un ami, c'était un maître; mais un maître chéri autant qu'admiré.
Fénelon, l'abbé Fleury, l'abbé de Langeron, l'élite de l'Église et de la littérature sacrée suivaient Bossuet dans sa retraite de Germigny; ils partageaient ses loisirs sévères, ils recevaient les confidences de ses sermons, de ses oraisons funèbres, de ses traités de polémique; ils lui soumettaient leurs essais, ils s'enrichissaient de ses entretiens familiers, dans lesquels cet homme de premier mouvement était plus sublime encore que dans sa chaire, parce qu'il était plus naturel.
Ce furent les plus belles années de Fénelon; il était loin de supposer que les foudres sortiraient bientôt pour lui de ce cénacle où il ne respirait que la paix, la modestie et le bonheur.
IX
La révocation de l'édit de Nantes venait de frapper la liberté de conscience en rompant le traité de paix, entre les religions, promulgué avec Henri IV. Trois cent mille familles étaient expulsées, dépouillées, privées de leurs enfants, des milliers d'autres familles, dans les provinces protestantes, étaient contraintes, moitié par la persuasion commandée, moitié par la violence imposée, à désavouer la religion du roi.
Bossuet approuvait ces croisades intérieures contre la réforme. Le but légitimait à ses yeux et sanctifiait même les moyens.
Des missionnaires, appuyés de troupes et de geôliers, parcouraient les provinces, imposant la foi, convertissant les faibles, sévissant contre les obstinés. Les parties du royaume, où le protestantisme avait laissé le plus de racines, n'étaient qu'un vaste champ de bataille après la victoire, où des commissions ecclésiastiques ambulantes armées à la fois de la parole et du glaive, ramenaient tout par le zèle, par la séduction ou par la terreur, à l'unité de la foi.
X
Bossuet était le ministre intime de cet empire sur les consciences. L'évêque de Meaux s'imposait à Rome par ses services à l'Église, à laquelle il conquérait par la main du roi la France protestante au catholicisme; il s'imposait à Versailles par son ascendant à Rome, au monde, par la sublimité de son génie.