Les évêques et les ministres du culte élus par leurs pairs ou par le peuple;

La liberté des cultes;

L'abstention du pouvoir civil dans la conscience du citoyen, etc.

Tels étaient les plans tout prêts de Fénelon pour le moment qui l'appellerait au ministère.

Si le duc de Bourgogne avait vécu et si Fénelon avait conservé sur lui l'ascendant que tant d'années d'absence avaient respecté, 1789 aurait commencé en 1715, et la monarchie, réformée, n'eût été que la république chrétienne avec une tête.

XXXVIII

Mais il n'était pas donné à un seul homme de devancer un peuple. La Providence allait renverser, dans la tombe prématurée du prince, les idées, les plans, les rêves, l'ambition, l'espoir et la vie du philosophe.

Un vent de mort soufflait sur la famille royale; tout tombait d'avance sous Louis XIV près de tomber. La duchesse de Bourgogne, les délices de la cour et la passion de son mari, inopinément frappée, entraîna son mari au tombeau. Le coup fut aussi prompt que terrible. Fénelon n'eut pas le temps d'y préparer son cœur; il apprit presque en même temps la maladie et la mort de son élève. Cet élève était devenu la perspective de la France; elle attendait son règne comme celui de la vertu et de la félicité publique. Fénelon avait corrigé et achevé dans cette âme l'œuvre ébauchée par la nature d'un prince accompli.

Or ce prince, ces vertus, ces saintetés, ces espérances montrées et perdues, c'était Fénelon qui les avait faites! C'était le maître qui disparaissait dans le disciple; c'était Fénelon qui mourait avec le duc de Bourgogne. Il ne laissa échapper qu'un mot: «Tous mes liens sont rompus... rien ne m'attache plus à la terre!...»

Sa vie, en effet, était désormais sans mobile, il en avait perdu le but. Ce règne qu'il avait rêvé pour le genre humain était enseveli avec le Germanicus de la France.