Faites de même ou plutôt faites mieux. Puisqu’il est permis de choisir, ne lisez que les excellents. Il faut peu lire, disait Malebranche. Il ne faut lire qu’un livre, disait un autre, voulant faire comprendre par là la puissance toujours considérable de l’unité. Mais que serait-ce si vous saviez trouver l’unité des esprits du premier ordre, et si vous pouviez fréquenter comme une seule société, par voie de comparaison continuelle, Platon et Aristote, saint Augustin et saint Thomas d’Aquin, Descartes, Bossuet et Fénelon, Malebranche et Leibniz ! Ce sont là, je crois, les principaux génies du premier ordre. Puissiez-vous parvenir à en voir l’unité ! Puissiez-vous parvenir à comprendre dans quel sens général et commun Dieu inspire les grands hommes, et ce qu’il veut de l’esprit humain ! Puissiez-vous clairement comprendre, dans Aristote et dans Platon la grandeur de l’esprit de l’homme et ses bornes, et dans les autres, l’immensité qu’ajoute à la raison humaine la lumière révélée de Dieu !
CHAPITRE VI
FOI. — SCIENCE COMPARÉE
I
Mais, disions-nous, qu’est-ce que Dieu veut de l’esprit humain ? Grande question, que je n’aborde pas ici tout entière. Je poursuis ces conseils pratiques. Il est vrai qu’ils nous mènent à considérer un côté, fort important pour nous, de cette question.
Je vous ai dit que, quand un homme se donne vraiment à Dieu et devient son disciple, Dieu le pousse à une œuvre, le salut du siècle où il vit. Dieu lui montre le monde malade, couché dans les ténèbres et la souffrance ; il lui donne le regard du Christ pour en sonder les plaies, et quelque chose du cœur du Christ pour les sentir : puis il lui dit, au fond du cœur : « Il y a peu d’ouvriers. »
Quand l’homme comprend et se décide à devenir un ouvrier, un de ces « ouvriers dont parle le prophète, qui travaillent sur les nations[9], » qui fortifient leurs frères, et que Dieu suscite quelquefois pour sauver un siècle ou un peuple, alors Dieu lui inspire, par la compassion et l’amour, l’intelligence, ou instinctive ou développée, de l’œuvre à entreprendre.
[9] Zach., I, 20, 21. Et ostendit mihi Dominus quatuor fabros… ut dejiciant cornua gentium.
Or, aujourd’hui, quelle est la plaie et quelle est l’œuvre ?
Il n’est pas nécessaire d’être prophète pour le savoir, Jésus-Christ dit aux hommes dans l’Évangile : « Vous savez bien prévoir le beau temps ou l’orage ; hypocrites ! pourquoi ne connaissez-vous pas aussi les signes des temps[10] ? »
[10] Luc, XII, 56.