Quand nous saurons par l’astronomie et la géologie que nous avons commencé, — puisque si notre terre n’a pas été d’abord un nuage, ce qui est bien probable pourtant, du moins il est certain qu’elle a été tout entière dans le feu, puis tout entière sous l’eau ; — quand nous saurons que nous avons commencé, que nous sommes jeunes, que nous devons finir, nous tiendrons les deux bouts de l’histoire, notre origine et notre fin, et nous ne pourrons regarder l’une et l’autre que dans une humble et religieuse contemplation. La vue de ce monde qui est né, qui doit mourir, qui est en marche, qui est toujours à moitié dans la nuit et à moitié dans la lumière, qui est fécond par places et par intermittences, nous fera comprendre ces poétiques assertions de Herder : « Notre humanité n’est qu’un état de préparation et le bouton d’une fleur qui doit éclore. L’état présent de l’homme est le lien qui unit deux mondes. »

Puis, regardant en elle-même cette demeure du genre humain ; examinant son plan géographique, aussi visiblement tracé avec intelligence que le plan d’une maison ; contemplant aussi le prodige de sa vie météorologique et de ses arrosements : ces inondations de lumière, de chaleur, d’électricité, d’eau féconde, qui ont un but aussi visible, aussi prémédité que le travail d’un jardinier ; n’oubliant pas de remarquer aussi la richesse de son sein, plein d’armes, d’instruments, de trésors, — vous conclurez encore, avec Ritter, « que notre globe est manifestement une demeure préparée par une intelligente bonté, pour l’éducation d’une race d’hommes. »

Et lorsqu’enfin sur ce théâtre vous verrez venir successivement des créatures irraisonnables et muettes, pour y attendre un être intelligent et libre, qui parle, qui connaît et qui veut ; quand vous verrez, comme de vos yeux, Dieu même déposer sur la terre l’homme qui n’y était pas l’heure d’avant, et quand vous aurez bien compris qu’il est une date précise, un lieu précis où un homme a été tout à coup suscité dans le monde pour être père du genre humain ; je crois que ce spectacle, si vous savez le contempler, en laissant tomber un instant le lourd aveuglement et l’inquiète incrédulité qui nous dérobent tout rayon de lumière, je crois que ce spectacle mettra en vous le germe de l’histoire, et l’esprit de l’histoire pour développer le germe.

Vous verrez bien que cet homme, qui est intelligent et libre, a un but idéal qu’il peut connaître, et que sa liberté doit atteindre. La marche vers le but, c’est l’histoire, et comme l’homme marche au but librement par le chemin qu’il veut, et s’en détourne s’il le veut, vous comprendrez qu’il est le roi du monde et en dirige sous l’œil de Dieu, la destinée.

Et aussitôt vous diviserez l’histoire en trois questions :

Premièrement : Où en sommes-nous, relativement au but ?

Secondement : Quelle route avons-nous parcourue ?

Troisièmement : Quel chemin nous reste-t-il à faire ? qu’est-ce que le passé nous apprend sur la marche de l’avenir ?

II

Notez que l’enseignement ordinaire de l’histoire ne traite jamais la première question. Je me suis souvent demandé pourquoi il n’y avait nulle part un cours d’histoire sur ce sujet : ÉTAT PRÉSENT DU GLOBE. C’est par là qu’il vous faut commencer dans votre seconde éducation. Il semble du reste qu’un homme religieux, aimant Dieu et ses frères, devrait toujours avoir l’image totale du globe présente à la pensée. Nous prions devant le crucifix. C’est justement ce qui convient. Mais la vraie croix n’est pas isolée de la terre : la vraie croix est plantée en terre ; le crucifix réel tient au globe : la base, le pied du crucifix, c’est un globe arrosé du sang de Jésus-Christ. Ne faites jamais de ces deux choses qu’une seule image. C’est là la vraie, la belle, la complète image de piété. Regardez, contemplez cette terre, temple de Dieu, cette demeure commune de nos frères et de nos sœurs donnée de Dieu à ses enfants ; et dites-vous : Où en sont-ils ? Que deviennent-ils ? Qu’est-ce que leur passé ? Où sont leurs espérances ? Priez alors pour eux, et rappelez-vous cette partie d’une prière catholique : « O père qui as donné à tes enfants ce globe pour le cultiver, fais qu’ils n’aient qu’un cœur et qu’une âme, de même qu’ils n’ont qu’une seule demeure. »