Dans cette question, il faut partir de ce principe, que l’homme est libre et que le genre humain finira comme il voudra. Il faut admettre, avec l’Écriture sainte, que « Dieu a mis l’humanité et l’a laissée dans la main de son propre conseil ; que la vie et la mort sont devant nous ; qu’il nous sera donné ce vers quoi nous tendrons la main. » D’après cela, Herder avait raison de dire : « Tout ce qu’une nation ou une partie de l’humanité voudra sincèrement pour son bien lui sera donné. » Ce qui s’appuie encore sur la parole du Christ : « Si vous aviez la foi, rien ne vous serait impossible. »

Cela posé, nous devons croire qu’il est possible d’atteindre le but, et que si l’Église catholique dit : « O Père, qui as donné à tes enfants ce globe pour le cultiver, fais qu’ils n’aient qu’un cœur et qu’une âme, de même qu’ils n’ont qu’une seule demeure ; » si cette sublime parole est manifestement le but, nous pouvons y atteindre, ou tout au moins en approcher, autant que l’homme sur terre peut approcher de la perfection. « Si on le voulait, dit saint Augustin, si l’on suivait les préceptes de Dieu, la république terrestre ferait, par sa félicité, l’ornement de ce monde présent, et s’avancerait, en montant toujours, vers le royaume de la vie éternelle[30]. »

[30] Cujus præcepta de justis probisque moribus si simul audirent atque entrarent… et terras vitæ præsentis ornaret sua felicitate respublica, et vitæ æternæ culmen beatissime regnatura conscenderet. (De Civit. Dei, lib. II, p. 72.)

Voilà le but, l’idéal, le possible. Nous sommes libres d’y arriver. Mais y arriverons-nous, et par quelle voie, et quel serait, en ce cas, le plan de l’histoire future ? C’est la question.

Et quelle question plus grande et plus pressante ? C’est l’homme voyageur sur la terre qui se demande : Où est ma route ? Où est « ce chemin de Dieu sur la terre[31] », qu’il faut connaître, et qui mène au but ?

[31] Ut cognoscamus in terra viam tuam.

Vous comprenez que cette question est digne des plus sérieuses méditations d’une vie entière.

CHAPITRE XIII
LA MORALE

A vrai dire, l’histoire n’est que la morale en action. Mais il faut ajouter un mot sur la morale considérée comme science.

Je viens de lire avec bonheur un livre intitulé : Conscience et Science du devoir[32].