Science, c’est conscience éclairée, conscience qui veut et sait, qui, voulant la justice, connaît le point d’application où doit porter la force pour faire jaillir la justice triomphante, et atteindre le but, salut des hommes, des peuples et du genre humain.
L’effort pour pousser le monde à son but, voilà notre devoir. La lumière qui éclaire cet effort, voilà la science du devoir.
Ici, jeunes gens, est le grand point : connaître son devoir ! Savoir ce qu’en ce siècle même vous devez à votre patrie et au genre humain tout entier ; ne pas seulement avoir au cœur le dévouement, l’héroïsme peut-être, qui est en vous ; mais savoir comment doit s’appliquer la bonne volonté du devoir, savoir juger les illusions du but, les effets des milieux, des distances ; connaître les faux mouvements des bonnes volontés ignorantes, les faux élans des héroïsmes subversifs qui tuent pour délivrer, qui écrasent pour sauver. Il faut que si l’on donne son âme, sa vie, son enthousiasme, on sache du moins mener au but ces forces magnifiques avec la précision même de la science, qui mène au but l’emportement du feu, qui dirige sur des lignes tracées l’insaisissable éclair.
Vouloir et savoir, c’est pouvoir ; vouloir ne suffit pas.
Oh ! liguons-nous pour connaître le détail du devoir, ses voies utiles et véritables, en chaque temps, pour chaque âme, et surtout au temps où nous sommes. « Qu’il nous soit donné de connaître la marche de Dieu sur la terre, et son plan de salut pour tous les peuples. Ut cognoscamus in terra viam tuam, in omnibus gentibus salutare tuum. »
Je n’en dirai pas plus sur la morale, mais je travaille de tout cœur à vous offrir bientôt mon faible essai sur ce couronnement de la philosophie.
Quant aux rapports de la science du devoir, de toute la science sociale et de la théologie, je n’en dirai ici que ce seul mot, c’est que le grand progrès de science morale, de science sociale que j’aperçois, est l’aurore de ce retour à la théologie, enfin comprise, que j’attends et annonce.
CHAPITRE XIV
LA THÉOLOGIE
On disait autrefois que la théologie est la reine des sciences, que la philosophie est sa servante.
Voici, je crois, la vérité sur ce sujet. Il y a, dit Pascal, trois mondes : le monde des corps, le monde des esprits, et un troisième monde qui est Dieu, qui est surnaturel, relativement aux deux premiers. Or, la philosophie est du second monde ; elle doit régner sur le premier, et elle doit se soumettre au troisième, non pour s’anéantir, mais pour monter plus haut.