Parlons plus clairement. Si vous voulez aujourd’hui travailler au bien des hommes, il vous faut renoncer d’abord à la grande maladie mentale de notre époque, savoir : la manie aveugle et farouche qui renverse et qui brise.

Tout briser pour tout reconstruire sur un plan tout nouveau, tel est, au milieu de nous, depuis bientôt un siècle, le risible, cruel et criminel effort du zèle ignorant et farouche de la grande foule des insensés.

Si vous ne savez pas vous dégager absolument de cette folie stupide, vous pouvez beaucoup pour le mal, mais vous êtes impuissant pour le bien. Vous n’essuierez pas une seule larme, vous en ferez couler beaucoup.

II

Ami, quand j’étais jeune et ignorant, mais déjà décidé à travailler pour la justice, j’ai eu d’abord aussi ce zèle amer, sombre et stérile, qui veut tout arracher et qui blasphème le bien présent, faute d’en comprendre la grandeur.

Écoutez : voici un mystère que j’ai bien longtemps ignoré, aveuglé que j’étais par la folie du siècle. Ce beau mystère, je n’en vois la splendide clarté, je vous l’avoue, que depuis peu de jours.

Le voici : c’est qu’en toutes choses, Dieu a beaucoup plus fait pour nous que nous ne le savons.

Nous sommes plus près de tous les biens que nous ne pouvons le soupçonner ! Nous ne sommes séparés du ciel et de la terre promise que par un obstacle moral que la liberté peut briser.

Tout est donné, mais l’homme ne sait pas encore prendre.

Notre aveugle ignorance, notre tristesse ingrate ne savent pas voir que, dans tous les ordres de choses, même dans l’ordre social, Dieu nous donne tout.