J'ai sous les yeux une lettre du marquis où il s'en plaint;—on répandait à profusion, et le gouvernement n'était pas étranger à cette propagation, un écrit où on lisait:

Il y a des gens qui voudraient le Roi sans charte, le rétablissement des privilèges détruits et oubliés; l'anéantissement des institutions libérales, qui aspirent à faire reculer l'opinion d'un demi-siècle, à replacer la France sous un ordre de choses dont les éléments n'existent plus.

Cela peut se répéter aujourd'hui, mais avec deux différences, l'une petite, l'autre grande,—la première que, au lieu d'un demi-siècle, il faut dire: presque un siècle;

La seconde, c'est qu'il faut mettre le Roi,—M. de Chambord,—au nombre de ceux qui sont «trop royalistes» et qui n'ébranlent pas le trône par cette seule raison qu'il n'y a pas de trône et qu'ils rendent impossible d'en élever un.

C'est offenser un musulman que de lui demander des nouvelles de ses femmes. Sans aller tout à fait aussi loin dans la réserve à l'égard du beau sexe, il a été longtemps en France considéré comme une règle, dans la bonne compagnie, de ne pas parler d'une honnête femme dans un lieu public; une femme ne se serait pas facilement consolée d'apprendre que son nom avait été lu dans un journal, et si cela était arrivé par hasard, le journaliste aurait dû faire réparation au mari, au frère ou au fils de la femme offensée. Je ne veux pas parler du temps où le «gazetier» eût été «bâtonné» par «la livrée» et n'eût pu obtenir que M. le duc trois étoiles ou le marquis quatre étoiles condescendît à lui donner satisfaction les armes à la main.

C'était alors une forme terrible et écrasante du blâme de dire d'une femme: elle fait parler d'elle; on ne prenait pas la peine d'expliquer si c'était en bien ou en mal, il suffisait qu'on parlât d'elle et qu'elle y eût donné lieu.

Il n'y avait alors aucune chance pour une honnête femme d'être connue du «public».

Tout cela est changé aujourd'hui. Est-ce mieux? J'en doute beaucoup. Les femmes y ont-elles gagné? Je suis convaincu du contraire. A qui la faute? On ne risque guère de se tromper, en attribuant à peu près toujours à un sexe les fautes et les sottises de l'autre. On a cité ce mot d'un chef de la police qui, lorsqu'un crime lui était dénoncé, demandait: où est la femme. En effet, presque toujours, les crimes des hommes sont commis non pas précisément à l'instigation des femmes, mais pour les femmes ou à propos des femmes. Quant à elles, elles ne nous font pas tant d'honneur, elles ne font guères pour nous que des sottises.

Il paraît évident que la vie des cercles, qui laissait les femmes seules à la maison, est ce qui leur a donné l'idée d'en sortir elles-mêmes.

Il y a encore la question des courtisanes. Sous la régence et sous Louis XV, époques qui ne brillaient pas précisément par la sévérité des mœurs, il y avait un certain nombre «d'impures» en renom;—elles étaient richement entretenues, par de grands seigneurs et des financiers que cela ne ruinait pas, du moins pour la plupart—et qui ne prenaient pas sur le train de leur maisons et les dépenses de leurs femmes. Ceux qui payaient ces «impures» étaient loin de les traiter sur le pied de l'égalité, elles faisaient partie de leur domesticité. On disait: la une telle appartient en ce moment au duc de ***—au «traitant» un tel—à l'évêque de ***. Elles ne se piquaient pas, je pense, de fidélité, mais alors être ce qu'on appelle aujourd'hui leur «amant de cœur», et ce qu'on appelait alors leur «greluchon», c'est-à-dire se servir d'elles sans les payer, était réputé assez honteux pour que l'entreteneur en titre ne daignât pas s'en offenser, ou se crût suffisamment vengé par l'humiliation de son rival clandestin;—elles ne trouvaient guère, d'ailleurs, ces «délassements» de leur cœur qu'avec des hommes de leur classe.