»Ne semble-t-il pas que des gens habiles n'ont imposé tant de privations aux gens crédules que pour se réserver à eux, par l'abstinence de ceux-ci, une plus grande part de ces bonheurs qu'ils défendent aux autres et qu'ils appellent crimes; à peu près comme les parents avares persuadent aux enfants que les friandises qu'ils aiment sont un poison qui leur ôtera la vie?
»Et encore si, par un noble effort, on arrivait à pratiquer sévèrement et intégralement ces devoirs que la société impose, j'admirerais le sacrifice dans ses résultats.
»Si la vertu conservait une femme intacte à son mari; si la vertu pouvait chasser du cœur toutes les pensées adultères, je la comprendrais encore.
»Mais la lutte perpétuelle, lutte qui n'amène jamais que des résultats négatifs, n'est-elle pas aussi coupable que le crime?
»Pour ne pas être à son amant, croyez-vous qu'une femme soit à son mari?
»Elle garde, il est vrai, son corps pour un seul; mais elle donne sans scrupule son âme et son cœur à un autre.
»Et elle ne place le crime que dans l'adultère du corps.
»Le corps est-il donc tellement au-dessus de l'âme?
»Et la vertu n'a-t-elle d'autre effet que de rendre, une femme coupable envers deux hommes à la fois, de faire de l'amour un supplice et du mariage une prostitution?
»Croyez-vous, donc, que vous ne le trompez pas, cet homme auquel vous vous livrez sans amour et avec dégoût? Tout ce que vous ôtez à votre bonheur et au mien, les combats, les sacrifices, réussissent-ils à l'ajouter au bonheur d'un autre?