»Cette nuit, j'ai rêvé que nous nous étions enfuis, que nous étions allés cacher dans le fond d'un désert notre amour et notre félicité; nous avions brisé tous les obstacles; nous avions sacrifié les conventions et les lois qui viennent des hommes à l'amour qui vient de Dieu; et vous étiez à moi, sans autre regret que de n'avoir pas plus à me donner encore que vous-même tout entière...

»Je me suis réveillé plein de douloureuses pensées. Il n'est rien de plus triste qu'un songe heureux.

»Puis j'ai repassé dans mon esprit tous ces endroits que j'ai vus dans mes voyages, tous ces nids où j'ai tant désiré cacher vous, et mon amour, et ma vie.

»J'ai rappelé tous ces projets que je vous ai dits quelquefois et que vous traitiez de folies.

»Ah! Marie, peut-être le saurons-nous plus tard et aussi trop tard: la folie est de n'en faire que des projets.

»Tony.»

XLI

Madame Alida Meunier, née de Sommery, à M. le colonel de Sommery.

«Par quelle fatalité, mon cher père, cette petite Clotilde, ce serpent que vous avez réchauffé dans votre sein, s'est-il introduit dans notre famille?

»Je viens de voir Arthur; il a passé par ici et est resté vingt-quatre heures à Paris avant de se mettre en route pour l'Italie. Il n'est pas heureux; il regrette amèrement l'étourderie qui lui a fait faire ce ridicule mariage. Certes, mon pauvre frère, avec son nom, sa figure, son esprit et sa fortune, pouvait prétendre aux plus brillants partis.