»Quant à la pauvre princesse qu'il avait épousée de si mauvaise grâce, il s'était conduit et se conduisait avec elle d'une façon incroyable.—Dominé, enchanté, ensorcelé par la funeste mèche de cheveux, par ce diabolique talisman, il éprouvait pour cette très belle, très charmante personne un éloignement, une répugnance qu'on pourrait dire miraculeuse, si bien que, dans son honnête et adorable innocente naïveté, à une de ses dames qui risquait quelques questions sur les chances de voir bientôt un héritier de la couronne, elle répondit:

»Je ne sais pas, je ne sais rien; mon mari, tous les soirs, me donne un baiser sur le front et s'en va dormir chez lui; je pense que c'est ainsi que se font les enfants.

»Proserpine faisait des questions au prince sur sa femme; il essayait d'éluder les réponses, puis finissait par les faire.

»—Est-elle laide?

»—Non; elle est, dit-on, très belle, mais je ne la regarde pas; je vous aime uniquement et je ne vois que vous.

»—Comment a-t-elle les pieds, dit un jour Proserpine en allongeant son ravissant petit pied.

»—Très jolis, je crois, je n'y ai pas fait attention,—on me l'a dit.

»—Apporte-moi un de ses souliers.

»Il refusa, puis obéit. Le soulier était si petit, que Proserpine, malgré l'exiguïté de son pied, ne put le chausser. Sa haine et son désespoir furent à leur comble.—Elle parla à sa mère de se tuer;—celle-ci la calma par une promesse solennelle de la venger et lui traça un plan de conduite.

»—Je suis vaincue quant aux pieds, dit-elle avec un doux sourire,—mais peut-elle lutter avec moi pour la chevelure?