»—Personne ne peut lutter en aucun point avec vous aux yeux de l'homme qui vous adore,—elle passe pour avoir de très beaux cheveux.—mais j'y ai fait peu d'attention;—ils m'ont paru de la couleur et presque de l'éclat des vôtres.

»—Je veux les comparer, dit-elle, couleur, longueur et finesse, et, si je suis encore vaincue, je me résignerai à accepter le second rang;—car, pour ce qui est des femmes, le premier rang, la royauté légitime appartiennent à la plus belle.

»—Mais c'est impossible... Comment lui demander une mèche de ses cheveux?—avec le peu de familiarité qui existe entre nous.

»—Arrangez-vous;—cette mèche de cheveux sera le prix de ce que vous appelez un bonheur que vous sollicitez avec tant d'instances.

»Le prince partit tout perplexe—demander à sa femme une boucle de ses cheveux; elle lui répondrait: «Pourquoi une boucle? Ils sont tous à vous», avec la tête et le reste.

»Il était tout à fait impossible de faire dérober cette mèche par une des dames d'atours.

»Cependant le prix qu'avait promis Proserpine était bien séduisant, bien enivrant;—il s'avisa d'une idée;—elle sait déjà que la princesse a les cheveux de la même couleur que les siens,—je vais lui porter ses propres cheveux que j'ai dans le petit sachet;—je n'ai plus besoin de ce gage, puisqu'en le sacrifiant je conquiers Proserpine tout entière. Il ouvrit le sachet, prit la mèche de cheveux et les porta à son tyran.—Il ne s'aperçut pas du sourire de haine satisfaite qui se dessina sur le beau visage de Proserpine.

»—Ils sont très beaux, dit-elle; laissez-les-moi pour que, ce soir, quand je serai décoiffée, je les compare aux miens pour la longueur. A demain la récompense.

»Le prince parti,—elle courut à sa mère:

»—J'ai les cheveux.