»Il est très beau que votre roi ait été, par les troupes françaises, proclamé caporal des zouaves, mais il n'a aucun intérêt à devenir sergent.»

M. de Cavour me répondit:

«J'ai lu votre lettre au roi.» D'abord il a ri, puis il a dit: «Au fond, il a raison.» Et il m'a ordonné de vous envoyer la croix des Saints Maurice et Lazare.

Certes, je ne suis pas grand chasseur de croix.—J'ai passé douze à quinze ans à Nice, où les souverains, rois, empereurs, etc., en distribuent en partant—comme les bourgeois distribuent des cartes P. P. C. pour prendre congé—et je n'en ai pas visé une seule.

Je passe un peu plus des trois quarts de ma vie—au jardin et à la mer, en manches de chemise, ce qui me donnerait peu d'occasions de m'en orner.

Mais ce présent de Victor-Emmanuel—me fit un vrai plaisir, comme tout ce qui me serait venu de lui. D'autre part, le ruban de cette décoration est vert, couleur qui s'associe si harmonieusement au ruban rouge de la croix de France;—et je ne cache pas mon faible pour l'harmonie des couleurs.

Je ne revis le roi Victor-Emmanuel que longtemps après.—La France avait subi l'humiliation et les désastres de la guerre d'Allemagne,—dus pour la première moitié à Napoléon III et à Ollivier, et pour la seconde moitié à Gambetta, à Freycinet et à la horde des avocats à la suite.

Je me trouvais à Rome, et, apprenant que le roi y était, je lui écrivis, pour lui demander la permission de lui présenter mes respects.—Je connaissais un peu, pour l'avoir vu à Nice, l'officier qui m'apporta l'invitation de me présenter au Quirinal,—et il me dit:

—Avez-vous un habit?

Or il y a plus d'un demi-siècle que j'ai cherché et trouvé le costume simple, commode, qui convient le mieux à mes habitudes d'exercices un peu violents, à ma stature, à ma forme, peut-être à ma physionomie, peut-être aussi au peu d'argent que je comptais et pouvais y mettre.—Ce choix fait, je n'ai pas plus changé que l'oiseau ne change son plumage, pas plus que le chien ou le cheval ne change sa peau;—depuis cinquante ans, je me suis trouvé deux ou trois fois à la mode, mais c'est la mode qui a changé.