Hugo,—très correct—et ne voulant pas manquer d'égards au condamné, se fait annoncer:
—Un monsieur demande à vous voir, dit le geôlier au prisonnier.
—M. Victor Hugo.
—Rugo?... répond le condamné—Rugo?... je connais pas; de quel bagne qu'i'sort?
Un nouveau volume «illustré» de charmants dessins de Riou,—que vient de publier l'heureux auteur d'un petit chef-d'œuvre Boule de suif—me rappelle une circonstance où une femme sut se servir habilement de l'intervention d'un reporter:
Bazaine, moins coupable peut-être que certains de nos ministres de la guerre, était dans la plus délicieuse prison, l'île Sainte-Marguerite, une oasis dans la Méditerranée;—je comptais même, si des amis à moi arrivaient au pouvoir, demander la survivance—en m'efforçant d'être ensuite transféré à l'île voisine, l'île Saint-Honorat, que je préfère de beaucoup.
On apprit un matin que le maréchal Bazaine s'était évadé et on attribua l'aventure à sa femme.—Le «pouvoir» ne s'en soucia point;—c'était un débarras.
Les fugitifs furent cependant poursuivis, mais par le reporter d'un journal très répandu—et qui ne regarde pas à la dépense pour satisfaire la curiosité de ses nombreux lecteurs;—voies ferrées, postes, etc., il ne négligea rien et les rejoignit;—il déclina ses titres, et demanda une entrevue à madame Bazaine, qui, après un peu d'apparente hésitation, voulut bien le recevoir, montra quelques répugnances à répondre à ses questions, puis y consentit après lui avoir recommandé une discrétion qu'elle eût été bien fâchée de lui voir pratiquer.
—Eh bien, monsieur, dit-elle, je cède et je vais vous dire toute la vérité. Après quoi, elle commença une fable, ayant le but honnête de ne pas compromettre, peut-être de sauver les complices de l'évasion du maréchal.