Il n'est personne qui, ayant vu dangereusement malade une personne chère, n'ait eu des anxiétés, des doutes sur la médecine.
Surtout si on a étudié l'histoire de cette science que Galien lui-même appelait une science de conjectures—et dont Pline dit qu'il n'y a point de discipline plus inconstante que la médecine.
Il n'y a que la politique, certaines religions, la philosophie et «la sagesse» qui aient engendré et fait croire autant d'absurdités et de saugrenuités que la médecine;—il n'y a que les jupes des femmes qui aient subi autant de variations, de révolutions et de modes différentes.
Pendant six cents ans, dit Pline, le chou composa toute la médecine des Romains.
Caton l'ancien, dans son livre «De re rustica, Des choses de la terre», dit:
Le chou tient le premier rang entre tous les légumes; c'est un aliment excellent qui détruit les germes de toutes les maladies;—il guérit la mélancolie, les palpitations du cœur, les lésions du foie, des poumons, des entrailles; il guérit la goutte, les insomnies, les maux de tête, les maux d'yeux, la surdité, les dartres. Si, dans un repas, dit-il textuellement, vous voulez bien boire et bien manger, mangez auparavant quelques feuilles de chou confites dans le vinaigre, après le repas mangez-en encore cinq feuilles, vous serez comme si vous n'aviez ni bu ni mangé, et vous pourrez boire à votre fantaisie. Et il détaille la façon de préparer le chou d'après ce qu'on lui demande. En 1766, un nouveau légume vint remplacer le chou tombé tout à fait en oubli.
M. Ami-Félix Bridault, médecin des hôpitaux civils et militaires de la Rochelle, président du comité de santé de la Rochelle, publia un volume de près de 500 pages—grand in-8o—avec l'approbation et les éloges des principaux médecins de son temps et de nombreuses attestations de malades guéris;—on n'acceptait que les malades «incurables» et désespérés.
A cette époque, la carotte guérissait trente-sept maladies.—J'ai ouï dire qu'elle allait reparaître dans la pharmacopée. Insanas gentes! dit Juvénal en parlant des Égyptiens, heureux peuples qui voyaient croître leurs dieux dans leurs jardins.
Un autre légume a eu, de ce temps-ci, une destinée bien glorieuse, bien tapageuse, bien productive, dit-on pour ceux qui le cultivent, je parle de la lentille.
La lentille a été bien longtemps méconnue, calomniée même, je le veux croire,— Pline seul en parlait favorablement:—«A ceux qui se nourrissent de lentilles, dit-il, une parfaite égalité d'âme.»