Article III.—Le chef de l'État, roi ou président, ne pourrait choisir les ministres dans aucune de ces Chambres. Il ne faut pas croire, comme il semblerait depuis vingt ans, que la France ne possède que le demi-quarteron de farceurs qui se succèdent, se réunissent, se séparent, se combattent, se supplantent, depuis 1871.—Aucun député, pendant tout le cours de son mandat, ni pendant l'année qui en suivra l'expiration, ne pourra être promu à aucune place, à aucun emploi, à aucune dignité;—il sera toujours loisible aux électeurs, au cas où ces faveurs tomberaient sur quelque parent ou ami de député, de le mander pour lui demander des explications; le chemin étant ainsi fermé aux ambitions, aux vanités, aux avidités, aux corruptions, etc., les députés pourraient s'occuper d'autre chose que de se faire les complices, les associés, les hommes liges des ministres, n'en ayant rien à craindre ni à espérer, et, ne fût-ce que pour ne pas s'ennuyer, s'occuperaient des intérêts de leurs commettants et des affaires de l'État.—Resterait, il est vrai, la corruption par l'argent; mais, outre qu'elle est particulièrement honteuse, et ferait au moins hésiter assez de gens, l'électeur qui aurait lieu de les soupçonner pourrait demander des explications à son représentant, toujours révocable.

Article IV.—Pendant longtemps, on n'a pas payé les députés;—depuis qu'on les paye, il ne paraît pas, tant s'en faut, qu'on obtienne une qualité supérieure.

Si on continuait à les payer, faudrait-il que ce fût non au mois, mais sur des jetons de présence—donnés au député au commencement de la séance, et contrôlés à la sortie. Mais ne vaudrait-il pas mieux revenir à l'ancienne gratuité du mandat, sauf au département ou à l'arrondissement de subventionner le candidat pauvre qu'il aurait jugé apte à servir les intérêts publics, de préférence à de plus riches?

On serait ainsi débarrassé des pauvres hères, fruits secs, décavés, avocats à la serviette vide, médecins à la sonnette muette, pour lesquels les neuf mille francs sont un revenu jamais atteint, inespéré, surtout si on ajoute les chances de menus bénéfices, plus ou moins clandestins, pour des services plus ou moins honteux.

C'est ainsi que la France serait réellement représentée dans les deux Chambres, et qu'un gouvernement serait possible.—Tandis qu'aujourd'hui tout gouvernement est impossible, et le pays n'est nullement représenté, comme nous en faisons la triste et déplorable expérience depuis 1871. Ajoutons qu'on ne permettrait plus aux orateurs, comme cela se fait aujourd'hui, de venir corriger leur discours avant l'insertion au Journal officiel—de même qu'on ne permettrait plus au président d'interdire aux sténographes de mentionner tel ou tel membre, telle ou telle phrase risquée ou malsonnante.

L'électeur doit pouvoir suivre toujours son mandataire, le surveiller et ne pas lui permettre de se masquer ni de se maquiller.

Ajoutons une prohibition sévère de voter jamais pour un absent.

Mais—me direz-vous—on ne voudra plus être député.

Tant mieux!—Alors les fonctions de député ne seront plus qu'un devoir et un honneur. Heureux, pour la France, le temps où il faudrait, dans l'âge mûr, imposer ces fonctions, comme on impose le service militaire dans la jeunesse.

Article V.—On ne sera plus admis à exercer des fonctions sans en avoir fait l'apprentissage. On ne s'improvise pas plus ministre, préfet, etc., qu'on ne peut s'improviser cordonnier ou serrurier. On n'arrivera alors aux places que par degrés, en commençant par en bas, ce qui supprimera les pluies de crapauds qui tombent d'en haut aujourd'hui sur les sièges et les positions rétribuées, au gré de la faveur, des complicités, des compromis, des corruptions.