Il sera nécessaire aussi que Paris donne des garanties au reste de la France, et que les départements ne soient plus exposés, chaque matin, à apprendre, par la poste, que les voyous de Paris, les banquiers de bonneteau et les souteneurs de filles ont changé le gouvernement de la France. Il ne faut plus que le conseil municipal de Paris puisse prétendre à devenir un «comité de Salut public» et une «Commune».

Et voilà!

P.-S.—Que serait-il probablement arrivé si, le 28 janvier, M. Carnot, au lieu de s'obstiner à ramasser dans son écart des ministres déjà une ou plusieurs fois renversés comme incapables ou usés, impopulaires ou odieux, eût fait appeler le général Boulanger et lui eût dit:

«Président d'une République basée sur le suffrage universel, je dois obéir aux manifestations de l'opinion, même si je la croyais fausse ou erronée.

»Dans la situation actuelle, je ne chercherai pas si cette manifestation est spontanée ou factice, ni par quelles intrigues, quelle suggestion elle a pu être créée, excitée, exaspérée; je dois m'y soumettre et je m'y soumets.

»La Chambre des députés est dès aujourd'hui dissoute de fait, sa dissolution légale et la revision de la constitution sont inévitables.

»Mais dans le ministère que j'avais il y a huit jours, comme dans celui que j'ai aujourd'hui, comme dans celui que j'aurai peut-être la semaine prochaine, il ne se trouve pas d'hommes résignés ou décidés à pratiquer l'opération.

»C'est pourquoi je vous ai fait appeler pour vous dire: Non seulement je vous autorise à former un cabinet dont vous serez le chef pour en exécuter ce que vous demandez avec tant de bruit, de fracas et de menaces, mais je vous somme de le faire pour calmer l'inquiétude et l'agitation dont souffre le pays.—Pour me servir d'une expression empruntée au jeu du billard, cher à mon prédécesseur,—vous avez collé la bille, il faut prendre à faire. Si vous refusez, c'est vous qui n'aurez voulu ni de la dissolution ni de la revision.»

Que serait-il arrivé? Ou le général aurait refusé, et l'ancien élu avouait que dissolution et revision ne seraient qu'un prétexte et un voile pour cacher des projets et des expédients moins avouables, et on aurait vu un assez grand nombre de gens de bonne foi et de dupes désabusés se séparer de lui, et l'isoler au milieu d'un groupe de complices et de dupes opiniâtres. Ou il aurait accepté, il aurait formé un ministère pris dans ses partisans, et pour qui connaît son entourage, pour qui se rappelle le rôle joué par Morny dans le coup du Deux-Décembre,—celui qu'on suppose un aspirant César eût complètement manqué de Morny et fût resté Gros-Jean.—Il eût fallu aux boniments, aux promesses magnifiques, aux théories vagues, aux utopies faire succéder des réalisations, des applications sérieuses, et nécessairement certaines résistances;—et, comme l'avocat Floquet, comme l'avocat Gambetta, exemple plus frappant, le général n'eût eu devant lui que peu de mois de popularité et d'influence souveraine et dangereuse.

Mais nos soi-disants républicains ont agi autrement et ont montré, une fois de plus, qu'ils ne sont qu'une misérable et ridicule parodie de ceux qu'ils proclament leurs ancêtres, leurs maîtres et leurs modèles.