Il y a dans un coin de mon cabinet une jardinière en bois sculpté pleine de jacinthes en fleurs dans la mousse verte, elles s’y réfugient, comme Adam, après avoir mangé le fruit défendu, quand le Créateur lui disait en latin: «Adam, ubi es?—Adam, où êtes-vous?»

Mais elles ne se cachent pas timidement,—elles font entendre un bourdonnement guerrier,—ma comparaison était mauvaise,—elles ressemblent davantage aux Romains réfugiés sur le mont Aventin,—je me rappelle qu’en cette circonstance un consul leur récita une fable, et que cette fable les ramena dans le devoir,—si je leur récitais cette fable.

Mais... oh! là,—mon Dieu,—je suis mort, mes guêpes en fureur se précipitent sur moi. Attendez,—expliquez-vous,—causons,—qu’avez-vous?—Que vous ai-je fait? Ne m’attaquez pas ainsi brutalement, imitez les héros de Virgile et d’Homère, qui faisaient précéder d’un petit discours chaque coup qu’ils portaient à leur adversaire,—au moins je saurai le sujet de cette révolte.

Ah! les voilà retranchées derrière leurs barricades de jacinthes.

UNE GUÊPE. Je suis Mammone, j’ai emprunté mon nom à un des anges déchus que Milton range sous la bannière de Satan, et quelques-unes de mes compagnes ont pris comme moi leurs noms de guerre du Paradis perdu.

Ah! monsieur le critique impartial, inflexible, inabordable, invincible;—vous n’avez donc parlé si haut en commençant que pour faire comme tant d’autres, vous avez loué sur la foi d’autrui une pièce de M. Walewski, que vous n’aviez ni vue ni entendue;—j’étais fière de marcher sous votre drapeau, mais maintenant je vous méprise, je lève l’étendard de la révolte, et je tourne contre vous mon aiguillon acéré.

L’AUTEUR. Ah! ma chère petite Mammone, toi que j’aimais d’une affection toute particulière.

MAMMONE. Il n’y a pas de chère petite Mammone,—défendez-vous.

L’AUTEUR. Oh! là,—elle m’a percé le doigt, la méchante,—le doigt dont je tiens la plume.

UNE AUTRE GUÊPE. Je m’appelle Moloch.—Quoi, vous avez loué cette pièce de théâtre!