C’est un pays de sauvages que celui où l’on meurt de faim dans une rue.
C’est à la fois un deuil et une infamie publics.
Quand il meurt, à cinq cents lieues d’ici,—un prétendu cousin du roi de France,—on prend le deuil à la cour,—et on annonce: «A cause de la mort du duc***, arrière-cousin du roi,—le bal annoncé pour le..., n’aura pas lieu.»
Mais, si toutes ces phrases dont se servent les rois,—de sujets qui sont leurs enfants, d’amour paternel qu’ils leur portent,—de cœur déchiré des souffrances du peuple, ne sont pas une insolente mystification,—ce doit être un sujet d’affliction profonde et de deuil véritable que la nouvelle qu’une femme est morte de faim,—dans le quartier du quai aux Fleurs, près du Palais de Justice,—de cette maison où l’on condamnerait aux travaux forcés le malheureux qui aurait volé un pain d’un sou à un boulanger, tandis que le boulanger qui vole un sou sur le poids du pain, et rogne la portion si péniblement gagnée d’un des enfants d’une pauvre famille, en sera quitte pour cinq francs d’amende.
Bêtise féroce.
Mais qui s’occupe du peuple, à la Chambre et ailleurs?
Les prétendus amis du peuple—l’exploitent plus que les autres encore;—leurs plaintes niaises, fausses et hypocrites, sur la misère du peuple, n’ont pour but et pour résultat que d’exciter ce lion endormi, et de le lancer contre les hommes qui gênent leur ambition et leur avidité. Puis, quand il leur aura rendu ce service, ils profiteront de ce qu’il aura été blessé au profit de leur avarice et de leur vanité pour le remuseler plus fort qu’il n’était.
Le peuple n’est qu’un prétexte et un moyen.