A Bordeaux, la garde nationale était en haie, des jeunes filles vêtues de blanc ont offert des fleurs à la princesse; le maire a fait un discours au prince, le prince a répondu. L’enthousiasme a été au plus haut degré.
A Libourne, c’était tout autre chose: la garde nationale était en haie, des jeunes filles vêtues de blanc ont offert des fleurs à la princesse; le maire, par une singularité remarquable, le maire a fait un discours, le prince a répondu. L’enthousiasme a de beaucoup dépassé celui qu’on avait manifesté à Bordeaux.
Mais c’est surtout à Limoux que le voyage de Leurs Altesses a été un triomphe; la fête était des plus ingénieuses; la garde nationale était en haie, des jeunes filles vêtues de blanc ont offert des fleurs à la princesse; le maire a fait un discours au prince, le prince a répondu. L’enthousiasme a de beaucoup dépassé celui manifesté à Libourne.
Ce lazzi des journaux ministériels a duré quinze jours; ils auraient pu varier peut-être encore davantage le récit en y mêlant certaines mésaventures arrivées à Leurs Altesses Royales. Il eût fallu peindre les discours, la pluie, les revues, les vins du cru à boire et à louer. A Limoux, par exemple, la nécessité de mettre la fameuse blanquette de Limoux au-dessus du vin de Champagne. A Libourne, des insectes malfaisants dans le logement faillirent dévorer LL. AA. RR. A ***, une galanterie des autorités, ayant fait repeindre l’appartement destiné aux nobles voyageurs, ils faillirent mourir pendant la nuit asphyxiés par l’odeur de l’essence de térébenthine. Dans d’autres endroits, épuisés de fatigue, ils commençaient à s’endormir quand une sérénade, sous leur fenêtre, venait les réveiller en sursaut.
La princesse a donné des porte-crayons magnifiques à divers poëtes de différents crus. La princesse donne volontiers ces bagatelles, plus précieuses par la grâce avec laquelle elles sont offertes que par la valeur du présent.
Pendant ce temps, les journaux dits indépendants se sont émus; ils ont également rendu compte, jour par jour, du voyage de Leurs Altesses Royales, ils ont crié à la prodigalité des conseils municipaux; ils se sont plaints de ce qu’on buvait la sueur du peuple; ils ont remarqué que le prince buvait du vin frappé, et ils ont dit que la glace est fort chère cette année; ils ont chanté pouille à un préfet qui lui a fait boire du vin de Tokai, parce que le vin du cru eût été plus patriotique et moins cher, le tout dans le style de ce bon M. Cauchois-Lemaire, qui, à propos des fêtes et de l’inauguration du musée de Versailles, écrivait: «Pour moi, dans un cabaret du coin, je vais boire du petit vin à douze qui ne sera pas trempé de la sueur du peuple.»
Les affaires d’Espagne paraissent terminées. Don Carlos a reçu en France une touchante hospitalité. La gendarmerie française a montré un empressement de bonne compagnie à le recevoir. On l’a prié de choisir la ville où il lui plairait demeurer, en l’assurant qu’on serait heureux d’obtempérer à sa demande, pourvu que son choix tombât sur la ville de Bourges.